Le Blog de la Rédac
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Lettre Ouverte à Monsieur François Bonneau, président du Conseil Régional du Centre
Monsieur le Président de Région,

Votre expérience en matière d’éducation et l’énergie que vous avez déployée depuis votre élection en 2007 par vos pairs suite à la démission de M. Sapin, pour soutenir la formation professionnelle, la formation continue pour les salariés des entreprises régionales en même temps que renforcer l’accessibilité aux savoirs pour tous et réduire la fracture numérique pour les générations à venir dans les lycées, ce notamment pour les populations les plus défavorisées, atteste de votre réelle implication pour le territoire et de votre foi en nos valeurs républicaines « liberté, égalité, fraternité ». Permettre à tous d’accéder à une formation initiale, puis continue, de qualité sera le gage de la compétitivité des entreprises de notre territoire. Pas d’économie sans homme et, pour reprendre une autre devise, celle du CJD, le Centre des Jeunes Dirigeants, vos engagements en matière d’éducation initiale et continue garantiront certainement que l’économie sera, aujourd’hui et demain, au service de l’homme. Comme vous l’avez rappelé lors de votre discours, au moment de l’annonce des résultats des élections le 21 mars 2010, vos engagements seront, entre autres, de garantir la place et le développement des compétences des salariés.

Cependant, en refusant de répondre à nos questions – Twideco TV et désormais News s’est imposé en deux ans comme l’un des médias économiques majeur du territoire - au lendemain de votre réélection, motivant d’autres choix médiatiques – nous comprenons que votre emploi du temps cette période soit surchargé - , les dirigeants d’entreprise, dont nous essayons de porter la voix, se posent de réelles questions quant aux actions que vous mettrez en place afin de garantir la compétitivité économique du territoire régional : actions favorisant le recrutement, allègement de certaines charges qui pèsent lourd sur l’investissement et le développement économique, accompagnement à la création et à la reprise d’entreprise qui, à l’aube de ce nouveau mandat, s’impose comme l’un des enjeux majeurs, mise en relation des entreprises entre elles afin de favoriser les échanges commerciaux entre entreprises d’une même région, permettant, à la fois de maintenir et d’accroître la création de valeur, ici, en contribuant dans le même temps à l’un de vos autres axes majeurs d’action, le développement durable, en réduisant les échanges lointains on réduit de fait son bilan carbone. Beaucoup d’actions sont menées par le Conseil Régional du Centre depuis des années, accompagnement des pôles de compétitivité, soutien vers la labellisation de clusters en pôle de compétitivité, actions collectives avec la DRIRE (la DIRECCTE aujourd’hui), le CNRI de Bourges, soutient de l’activité économique et incitation à l’innovation, avec, entre autres, les collectivités territoriales départementales (Chambres Consulaires, Conseils Généraux, Municipalités), soutien direct aux entreprises en création et celles en phase de développement par le biais de vos projets CAP... Mais, Monsieur le Président, pour échanger quotidiennement avec les chefs d’entreprise de toute la région Centre, ces actions manquent cruellement de lisibilité. L’économie est l’une des principales compétences régionales, et malgré tous les efforts de Marie-Madeleine Mialot, vice-présidente à l’économie et Jean-Louis Garcia – directeur général délégué à l’innovation, au développement économique et à la recherche au sein du Conseil Régional du Centre - nous, chefs d’entreprise, attendons plus de lisibilité sur les mesures que vous souhaitez mettre en œuvre au cours des années à venir ou, du moins, plus de lisibilité autour des mesures que vous avez déjà mises en place.

La région Centre, contrairement à d’autres territoires manque d’identité propre, trop proche de l’Ile de France et regroupant des territoires dont l’identité est fortement marquée tels que le Berry ou le Val de Loire. La région Centre ne pourrait-elle pas s’inventer une identité propre par le renforcement des coopérations économiques entre les départements, entre leurs entreprises et leurs salariés ? Faire en sorte que la Touraine ne se sente plus davantage proche des Pays de Loire, en accentuant les relations entre entreprises et donc collaborateurs entre le Chartrain, le Blésois ou encore le Castelroussin ? A l’heure de la RGPP, créer un sentiment d’appartenance forte à un territoire est une donnée qui ne peut être mise de côté, Monsieur le Président, qu’allez vous faire pour que plus de solidarité s’installe entre les départements, leurs entreprises et leurs collaborateurs ?

Une idée : si vous organisez un grand forum régional économique, qui serait une première en France, mettant en lumière, sur quelques jours, les savoir-faire nombreux, variés et trop peu mis en valeur de notre territoire : artisanat, industrie, services, tourisme, agriculture... Pourquoi ne pas inventer une manifestation régionale du type de celles qui existent pour la culture, montrant la richesse de ceux et de celles qui font l’économie ? Est-ce au secteur privé – une agence événementielle par exemple - de prendre ce type d’initiative ? Sans entreprise, pas d’emploi. Le taux de chômage est plus faible que la moyenne nationale, profitez-en pour renforcer la place des entreprises qui exercent sur le territoire et, du même coup, en donnant envie aux entreprises implantées dans d’autres régions de s’implanter sur notre territoire.

Reprenez l’Edition 2010 du Livre blanc des Entreprises de la Région Centre, co-édité par le Medef Centre, l’UIMM de la région Centre, la FFB région Centre, la CGPME Centre, la Fédération des Bancaire Française, comité des Banques du Centre, la Fédération Centre des Travaux Publics, l’Union des Industries Chimiques du Centre, PRISME, l’UNICEM Centre, la Fédération des Entreprises de transport et logistique TLF et le Groupement National des Chaînes Hôtelières GNC : de nombreuses propositions sont faites par les entrepreneurs du Centre : tous unis pour agir. Un Forum Régional de l’Economie, sur le modèle du Forum Social de Porto Alegre ou de l’Université d’été du Medef (deux exemples dont l’objectif et les participants sembleraient s’opposer, mais, qui ont le même objectif, rendre l’entreprise et l’économie plus humaine : au niveau d’une région comme la notre, c’est possible) permettrait à la fois de créer du lien entre les territoires fortement marqués en termes d’identité (Berry, Val de Loire, Eure-et-Loir) et qui s’observent à peine comme de lointains cousins, de renforcer les relations sociales entre les salariés et les employeurs, valoriser les actions de formations initiales et continue, donner la parole aux dirigeants qui chaque jour se lèvent pour faire vivre des familles en prenant des risques sur leur santé en même temps que des risques pénaux, et enfin et surtout, de rendre plus lisibles les actions que vous menez et celles à venir

Il va s’en dire que vous pouvez user, ou non, de votre droit de réponse qui serait alors publiée dans ces colonnes.

Lucie BRASSEUR – dirigeante fondatrice de TWIDECO

Portrait du Président de la Région Centre : François Bonneau

François Bonneau est une personnalité politique française, né le 12 octobre 1953 à Amilly (Loiret), membre du PS, il préside la Conseil Régional du Centre.

Titulaire d'un DEA de lettres modernes obtenu à l’Université d’Orléans, il débute sa carrière professionnelle comme conseiller d'orientation.
Il a successivement été vice-président de la communauté d’agglomération montargoise (1989-1995) et conseiller municipal de Montargis (depuis 2001). Conseiller régional depuis 1998, il a présidé le groupe socialiste au Conseil régional du Centre de 2000 à 2007 puis a été Vice-président en charge de l'éducation de 2004 à 2007. Le 7 septembre 2007, il est élu président du conseil régional suite à la démission de Michel Sapin et réélu le 21 mars 2010 lors des élections régionales.

Études et vie professionnelle
Il quitte le Loiret pour la faculté de Nice où il poursuit des études de Lettres. De retour à Orléans, il décroche un DEA de Lettres. Après avoir été brièvement professeur vacataire, il devient conseiller d’orientation, puis chef d’établissement. Il a enseigné pendant 9 ans en zone d'éducation prioritaire.

Carrière politique
En 1977, François Bonneau adhère au parti socialiste, où il devient un proche de Jean-Pierre Sueur, actuel sénateur PS du Loiret. Il siège dès 1983 au conseil municipal de Montargis dans les rangs de l’opposition. Six ans plus tard, il devient adjoint et vice-président de la communauté d'agglomération montargoise lorsque le parti communiste et ses alliés s’emparent de la mairie. Il est élu une première fois conseiller régional de la Région Centre en 1998. En 2004, il conduit la liste PS dans le département du Loiret. Michel Sapin étant réélu, il devient vice-président en charge des lycées et de l’action éducative. En 2007, suite à la démission de Michel Sapin qui a été élu député, François Bonneau est désigné président de la Région par ses pairs. Il est, en 2010, réélu président de la région Centre avec 50,01% des suffrages exprimés devant Hervé Novelli 36,46% et Philippe Loiseau 13,54%.

Région Centre

Parti politique Parti Socialiste

Élu le 7 septembre 2007

Prédécesseur Michel Sapin

Mandat 2007 - 2010

Naissance 12 octobre 1953 Amilly (Loiret)


Synthèse des fonctions et mandats

Carrière municipale
________________________________________
• 1983-1989 : conseiller municipal de Montargis
• 1989-2001 : Maire adjoint de Montargis
• 1989-1995 : Vice-président de la communauté d’agglomération montargoise
• 2001-2008 : conseiller municipal de Montargis

Carrière régionale
________________________________________
• 1998-2004 : conseiller régional du Centre
• 2000-2004 : Président du groupe socialiste et radical du Conseil régional du Centre
• 2004-2007 : Vice-président du Conseil régional du Centre, en charge de l’éducation et des lycées
• 2004-2007 : Président du groupe socialiste et radical du Conseil régional du Centre
• depuis 2007 : Président du conseil régional du Centre

Source Wikipédia, l'encyclopédie libre

LE CONSEIL REGIONAL DU CENTRE :
Président : François BONNEAU
1ère vice-présidence : « Finances, personnel et moyens généraux» Jean GERMAIN
2ème vice présidence : «Economie et emploi, agriculture, artisanat et économie solidaire» Marie Madeleine MIALOT
3ème vice-présidence : «Agenda 21, énergie, climat, environnement (eau, air, déchets)» Gilles DEGUET
4ème vice-présidence : « Apprentissage, insertion, formation professionnelle et formation tout au long de la vie» Isabelle GAUDRON
5ème vice-présidence : «Transports, infrastructures, circulations douces et intermodalité» Jean Michel BODIN
6ème vice-présidence : «Projets de développement rural» Michelle RIVET
7ème vice-présidence : «Aménagement du territoire SRADDT» Dominique ROULLET
8ème vice-présidence : «Biodiversité, éducation à l’environnement, Loire, tourisme et patrimoines» Pascale ROSSLER
9ème vice-présidence : «Universités, enseignement supérieur, recherche, innovation et transfert de technologie» Patrick RIEHL
l0ème vice-présidence : «Education et lycées» ChantaI REBOUT
11ème vice-présidence : «Formations sanitaires et sociales, santé» Philippe FOURNIE
12ème vice-présidence : «Culture et créativité numérique» Carole CANETTE
13ème vice-présidence : «Jeunesse et sport, fonds européens» François DUMON
14ème vice-présidence : «Coopération interrégionale, Europe et politiques européennes» Karine GLOANEC MAURIN
l5ème vice-présidence : «Logement, habitat, technologies de l’information et de la communication et démocratie participative » Yann BOURSEGUIN

POSTES D’AUTRES MEMBRES :
16. Mélanie FORTIER
17. Jean DELAVERGNE
18. Corinne LEVELEUX-TEIXEIRA
19. Jean—Marie BEFFARA
20. Gisèle QUERITE
21. Charles FOURNIER
22. Annick GOMBERT
23. Jean-Vincent VALLIES
24. Hervé NOVELLI
25. Angélique DELAHAYE
26. Charles-Eric LEMAIGNEN
27. Catherine SOULLIE
28. Daniel GUERET
29. Laure de LA RAUDIERE
30. Serge LEPELTIER
31. Paulette PICARD
32. Nicolas PERRUCHOT
33. Philippe LOISEAU
34. Viviane VALETTE
35. Michel CHASSIER


Crédit Photo : ALAIN JOCARD / AFP

P.9 - LES COMPETENCES REGIONIALES, mode d’emploi :

Devenues des collectivités territoriales pleines et entières en 1982, les régions ont vu le champ de leurs compétences s’étendre et se diversifier au fil des lois de décentralisation. Leurs principaux domaines d’intervention sont aujourd’hui le développement économique, la formation professionnelle et les lycées, l’aménagement du territoire et les transports.

Les interventions des régions s’effectuent aujourd’hui au titre de trois types de compétences : la clause générale de compétence, les compétences d’attribution et les compétences partagées.

La clause de compétence générale :

La loi du 2 mars 1982 a doté la région d’une clause générale de compétence : "le Conseil régional règle, par ses délibérations, les affaires de la région". Sur ce fondement juridique, les régions disposent d’un pouvoir d’initiative, à condition que leurs interventions correspondent à l’intérêt de leur territoire.
La reconnaissance à la région d’une compétence générale fait aujourd’hui à nouveau débat, comme lorsqu’elle lui a été attribuée en 1982. Dans les faits, elle permet aux régions d’intervenir souvent en appui ou en complément des actions qu’elles mènent au titre de leurs compétences d’attribution, et d’apporter un soutien aux départements ou communes infra-régionaux.

Les compétences d’attribution :

Le développement économique :

Selon la loi du 2 mars 1982, le développement économique est le domaine d’intervention principal des régions. La loi du 13 août 2004 sur les libertés et les responsabilités locales a confirmé le rôle des régions en les chargeant de coordonner les actions de développement économique menées sur le territoire régional.
L’action économique des régions comprend, d’une part, la définition du régime des aides aux entreprises (prestations de services, subventions, bonifications d’intérêts, prêts, etc.) et de leur octroi. Les autres collectivités et groupements peuvent participer au financement de ces aides, sur la base d’une convention avec la région. En outre, avec son accord, elles peuvent mettre en œuvre leur propre projet ou régime d’aides.
Les régions élaborent d’autre part, en concertation avec les collectivités infra-régionales et leurs groupements, un schéma régional de développement économique (SRDE). Ce document a pour objet de définir les orientations stratégiques en matière économique au sein de l’espace régional.

L’aménagement du territoire et les transports :

Bien que l’ensemble des collectivités territoriales concourent avec l’Etat à l’aménagement du territoire, seules les régions sont consultées (de façon obligatoire) lors de la définition de la politique nationale. Les régions disposent en outre de compétences propres en ce domaine :
Elles élaborent un schéma régional d’aménagement et de développement du territoire (SRADT), qui fixe les orientations à moyen terme en matière de développement durable. Ce document définit notamment les objectifs de localisation des grands équipements et veille à la cohérence des projets d’équipement avec les politiques de l’État et des autres collectivités.
Les régions signent avec l’Etat les "contrats de projet Etat-région" recensant les actions qu’ils envisagent de mener ensemble. Se substituant aux contrats de plan Etat-région, leur calendrier est aligné sur celui de la politique régionale européenne (fonds structurels).
Elles élaborent enfin un schéma régional des infrastructures et des transports. Les régions organisent des services de transport routier non urbain des personnes et constituent l’autorité organisatrice des transports ferroviaires de la région (trains express régionaux, dits TER), à l’exception de l’Île-de-France.

La formation professionnelle et les lycées :

Les régions assurent un rôle de premier plan en matière de formation professionnelle : depuis la loi du 13 août 2004, la région « définit et met en œuvre la politique régionale d’apprentissage et de formation professionnelle des jeunes et des adultes à la recherche d’un emploi ou d’une nouvelle orientation professionnelle ». Elle n’est donc plus chargée uniquement de sa mise en œuvre. La région élabore un plan régional de développement des formations professionnelles définissant les actions de formation professionnelle des jeunes et des adultes et favorisant un développement cohérent des filières de formation.
Chaque année, les régions arrêtent également un programme d’apprentissage et de formation professionnelle continue (PRDF) qui poursuit deux objectifs : faciliter la construction de parcours individualisés d’accès à la qualification et élever le niveau de compétences professionnelles tout au long de la vie.
Aux régions reviennent enfin la construction, l’équipement et le fonctionnement des lycées. Depuis la loi du 13 janvier août 2004, les régions sont également responsables du recrutement et de la gestion (les rémunérations notamment) des personnels non enseignants de ces établissements (personnels techniciens, ouvriers et de service, dits TOS).

Les compétences partagées :

Les lois de décentralisation ont attribué des compétences parallèles aux trois niveaux de collectivité, notamment en matière d’aménagement du territoire, d’aides économiques, de protection de l’environnement et de cadre de vie.
La loi du 13 août 2004 a depuis autorisé les délégations de compétences. Les régions - comme les autres collectivités - peuvent ainsi exercer une compétence par délégation de l’Etat ou du département, ou bien déléguer leurs propres compétences aux autres niveaux décentralisés.
Enfin, les régions prennent également part, sur sollicitation de l’Etat, au financement des politiques publiques et équipements relevant de la responsabilité de celui-ci (cofinancement des universités, des autoroutes ou des équipements culturels).

Vers une compétence exclusive ?

Le projet de loi de réforme des collectivités territoriales, en cours d’examen, comporte un volet relatif aux compétences exercées par les différents niveaux de collectivités. L’objectif affiché par les pouvoirs publics est la clarification du "champ de compétence de la région" et le développement d’une "véritable synergie d’action avec le département".
Il est proposé d’accorder en priorité à la région des compétences qu’elle sera seule à exercer (compétences exclusives). La définition de ces compétences devrait faire l’objet d’un autre projet de loi, élaboré à l’issue d’un processus de concertation mené avec les élus et leurs associations.

Source : Direction de l'information légale et administrative, www.vie-publique.fr
Rédigé par Lucie BRASSEUR le Mercredi 7 Avril 2010 à 20:08


Eric PERRIER, directeur de la R&D et président du GIE (Groupement d’Intérêt Economique) LVMH Recherche.

Passionné de biologie et de chimie, Eric Perrier est né le 6 novembre 1963 à Valence (Drôme). Après un parcours universitaire brillant, navigant entre chimie, physique et biologie, il dirige actuellement le GIE LVMH Recherche. Son amour de l’innovation n’aveugle en rien sa vision extrêmement claire de son rôle dans le tissu économique régional, national et international. Personnage discret, exalté, fortement engagé pour ses collaborateurs et pour les consommatrices finales des produits, qu’ils développent ensemble, Eric Perrier sait parler d’innovation, de molécules, de chimie ou de biologie en créant l’adhésion immédiate de son auditoire. Rencontre.


Eric PERRIER : « Une innovation est un produit qui rencontre ses consommateurs » (n°2 - 22 Mars 2010)
Twideco : Nous savons tous que vous êtes directeur de la R&D LVMH Recherche mais nous en savons un peu moins sur ce qui vous amené à ce poste. Pouvez-vous revenir en quelques phrases sur votre parcours ?
Eric PERRIER : Je me suis passionné très tôt, vers la 3ème, pour la frontière entre la biologie et la chimie. Je voulais savoir ce qui se cachait derrière la biologie et comprendre les réactions chimiques que la biologie implique. Tout au long de ma scolarité, j’ai toujours navigué entre ces deux secteurs : biologie et chimie. J’ai fait un bac C, plus axé physique-chimie que biologie, par définition. Puis, j’ai quitté Valence pour entrer à la fac de Lyon où j’ai préparé un DEUG de biologie. Ces deux années de DEUG passées et mon diplôme en poche, j’ai rejoint une école de chimie organique, l’ESIL, Ecole Supérieure de Chimie Industrielle de Lyon. A l’époque, cette grande école préparait à rentrer chez Rhône Poulenc, dans le couloir de la chimie, puisque la région lyonnaise est forte de grands noms de la chimie organique en générale, et de la chimie fine en particulier. J’avais toujours en tête la biologie mais le directeur de l’école m’avait décidé à y entrer en me disant : « Je comprends cette passion que vous avez pour la biologie mais, pour être bon en biologie, il faut être bon en chimie. » J’ai donc mis cela en pratique. J’ai travaillé sur la chimie et j’ai obtenu mon diplôme. Mais comme la biologie me tarabusquait encore fortement, je suis reparti à la fac pour effectuer un DEA de biotechnologie à l’université de Compiègne, la plus réputée dans ce domaine. J’avais compris que ce qui faisait que la biologie pouvait être utile à l’homme n’était finalement ni plus ni moins que la biotechnologie : la biologie utilisée par l’homme. Je suis donc sorti de mes études avec le double diplôme en poche et j’ai rejoint assez rapidement un groupe agro-industriel qui deviendra ensuite Cerestar puis Cargill. Nous avions des unités un peu partout en Europe mais en particulier un centre de recherche en périphérie de Bruxelles. Cette unité travaillait le blé et le maïs et développait ses produits et sous-produits. Mon activité consistait à impliquer la biotechnologie dans le secteur agroalimentaire, mais aussi dans des secteurs autres, en particulier la cosmétique et la pharmaceutique. Je suis resté quatre ans à Bruxelles puis j’ai rejoint en 1990 la société Coletica. C’était une petite PME lyonnaise, créé 4 ans plus tôt, qui avait comme champs d’action l’industrie de la cosmétique et de la pharmacie. Assez rapidement, la société s’est orientée en direction de la cosmétique uniquement. Quand je suis arrivé, nous étions une petite équipe de cinq chercheurs et quand je l’ai quittée en 2005, soit 15 ans plus tard, nous étions trente chercheurs à Lyon et trente chercheurs aux États-Unis soit soixante chercheurs dans le domaine de la recherche des ingrédients nouveaux pour l’industrie de la cosmétique.

Twideco : Comment êtes-vous entré chez LVMH et pourquoi ?
Eric PERRIER : Vous savez, Coletica a représenté 15 ans de pur plaisir. J’ai vu grandir une petite société à partir de rien et je l’ai quitté alors qu’elle était devenue une société établie et vraiment organisée. C’est ce qui me passionne dans la vie d’une PME. Il faut aussi dire que nos programmes de recherche étaient très intéressants et que nous étions capables d’apporter l’innovation à nos clients, grands noms de la cosmétique tels que, LVMH, Clarins, L’Oréal, Estée Lauder aux USA, Shiseido au Japon, etc. A ce moment-là, j’étais donc en relation avec les directeurs de la recherche et développement de toutes ces grandes maisons pour essayer d’élaborer avec eux des programmes de recherches. Quand l’opportunité d’un poste dans un grand groupe cosmétique s’est présentée à moi, je l’ai saisie. C’était un nouveau challenge, un monde un peu différent de celui que j’avais connu puisque je passais du B2B au B2C. Et puis, du côté de la problématique de l’innovation, je perdais le côté agile d’une PME pour un autre mode de fonctionnement. Je me suis rendu compte à ce moment-là qu’il faut très peu de choses, pour rendre une société agile et qu’il en faut également très peu aussi pour la rendre sclérosée.

Twideco : Ce côté agile d’une PME vous manque-t-il chez LVMH ?
Eric PERRIER : Non, car j’ai rejoint l’équipe LVMH Recherche qui est un Groupement d’Intérêt Économique. Ce GIE n’est finalement ni plus ni moins qu’une sorte de PME puisque nous ne comptons que 250 personnes. Cela s’apparenterait certes à une grosse PME, mais je veux dire par là que notre organisation découle encore d’une échelle humaine.

Twideco : Quelle est votre fonction exacte au sein de ce GIE ?
Eric PERRIER : Je suis directeur recherche et développement au sein du GIE mais je suis également président du collège des administrateurs. Il faut savoir que le GIE est une société indépendante qui compte comme actionnaires principaux Dior, Guerlain et Givenchy. Ces trois actionnaires ont décidé dans les années 1985 de mettre en commun leurs équipes de recherche afin de créer une synergie d’effet et posséder ainsi un centre de recherche plus important que chacun des trois centres de recherche qu’ils avaient et, qui étaient indépendants, à l’époque. Ils ont donc créé ce GIE et aujourd’hui, je suis à la fois directeur recherche et développement pour ces trois maisons : Dior, Guerlain et Givenchy, mais également président du collège des administrateurs du GIE.

Twideco : Comment fait-on pour être le directeur R&D de trois maisons si prestigieuses ? Quand un procédé innovant sur une crème de jour, par exemple, est créé à qui en revient l’usage : Guerlain, Givenchy ou Dior ?
Eric PERRIER : On me pose toujours cette question et il est très intéressant d’y répondre. L’Oréal possède plus de 20 ou 30 marques pour lesquelles ce sont leurs mêmes équipes de recherches qui travaillent. Nous connaissons un peu le même type de problématiques. Pour y remédier, nous écoutons énormément nos marques. Notre innovation doit correspondre à l’innovation que nos marques, et donc nos consommateurs, attendent. Ma passion, c’est l’innovation. J’aime créer toutes les conditions requises pour faire en sorte que l’innovation puisse émerger et rester dynamique dans un centre de recherche. L’innovation finalement ne peut fonctionner qu’à partir du moment où il y a écoute des consommateurs. Nous sommes d’ailleurs probablement le seul centre de recherche en France appliqué à la cosmétique dans lequel, au sein du centre de recherche, nous possédons aussi une équipe dédiée à l’étude des consommateurs. Notre objectif est clairement de découvrir quels seront les besoins et attentes des consommateurs dans les années à venir. Il faut prendre en compte les évolutions de la société, qui par exemple s’urbanise de plus en plus. Il existe partout des éléments contextuels de société qui représentent de vrais éclairages pour l’innovation en terme de packaging, de portabilité ou de façon d’utiliser les produits. Nous étudions également les utilisations des produits dans le monde. Comment sont-ils utilisés ? Avec du coton, avec les mains ou avec un gant ? Quels sont les gestes pour se démaquiller, pour le traitement de la peau ou pour appliquer un produit de soin ou un parfum ? Ces éléments sont extrêmement importants pour comprendre les attentes. C’est seulement ensuite que nous allons rentrer au niveau de la spécificité de la marque. Les clientes de Guerlain ne sont pas les clientes de Dior, ni celles de Givenchy ou de Kenzo. En écoutant les consommatrices, en les regardant travailler et en les regardant utiliser ces produits, nous comprenons finalement quelles sont les attentes particulières envers ces produits, quelle est leur marque de fabrique. Nous fonctionnons donc avec trois éclairages marchés donnés par nos équipes travaillant sur nos consommateurs. Parallèlement, nos équipes de chercheurs travaillent à la compréhension de la peau qui est, comme je le dis souvent, notre principale source d’innovation. En comprenant la peau, en comprenant comment elle réagit à des agressions extérieures ou revient à l’équilibre, à quelle vitesse et comment, nous pouvons développer des produits pour lutter contre le froid, le chaud ou toute autre agression. Nous nous devons de comprendre la peau à la fois macroscopiquement et microscopiquement. Dans ce cadre-là, notre approche est innovante. Nous observons les consommatrices, regardons leur peau, nous prenons des photos, mais en même temps, nous regardons à l’intérieur de la peau, en profondeur. Nous organisons régulièrement des symposiums partout dans le monde pour expliquer à la communauté scientifique ce que nous faisons et en quoi nos recherches peuvent apporter des éléments innovants qui nous permettent, là aussi, de découvrir de nouvelles façons d’appliquer des produits cosmétiques sur la peau. C’est donc la réunion de nos études consommateurs d’un côté et études scientifiques de l’autre qui nous permet d’innover en répondant à une marque plutôt qu’à une autre. Chaque marque possédant son propre ADN, nos recherches, de par leurs propres particularités, vont convenir plutôt à telle marque que telle autre. Je ne dirais pas pour autant que chaque marque peut être résumée à une seule notion mais seulement qu’elles sont suffisamment typées pour que les innovations de nos laboratoires soient présentées aux marques les plus sensibles. Dans les faits, nous présentons nos innovations aux trois marques en même temps et elles choisissent. La première a l’exclusivité mais globalement, il n’y a pas de problème d’une marque par rapport à l’autre puisque chaque marque est vraiment très différentes et possède ses propres demandes et envies et, c’est ça qui importe.

Twideco : Vous vous dites passionné d’innovation, alors entre recherche et innovation, quels sont les liens que vous faites ? A quel moment passe-t-on de recherche à innovation ?
Eric PERRIER : Chacun a sa définition mais voici la mienne. L’innovation, c’est le fait de découvrir un produit et surtout qu’il remporte un succès sur le marché, sinon il reste à l’étape de découverte. Pour moi, la définition est très claire. Une innovation est un produit qui rencontre ses consommateurs. Par contre, je fais une différence entre recherche et innovation collective ou recherche collective. Même si nous sommes le deuxième plus gros centre de recherche en cosmétique en France, nous conservons finalement une petite taille. Nous compensons par une grande agilité. Plutôt que de tout développer en interne, nous travaillons de trois façons différentes. D’abord, bien sûr, nous travaillons dans nos laboratoires, en interne. Mais nous considérons aussi que la recherche fondamentale permet de faire des grands pas dans la connaissance, aussi, ponctuellement, il nous arrive de travailler avec le CNRS, l’INSERM, l’IFREMER ou le CIRAD. Il nous arrive également de travailler avec d’autres centres de recherches fondamentales un peu partout dans le monde. Enfin, nous développons des partenariats avec nos fournisseurs parce que l’innovation peut jaillir de tous. Pour nous, tous ce qui est innovant est digne d’être étudié et d’être intégré dans des formules innovantes que nous proposons sur le marché. Notre recherche, vous le voyez, est vraiment ouverte : ouverte en direction de la recherche publique, des start-up, des PME, ou des fournisseurs et c’est grâce à cette ouverture que nous sommes très innovants.

Twideco : Quels est le business model d’un centre de recherche ? Comment génère-t-on de l’argent avec de la recherche?
Eric PERRIER : Le business model d’un centre de recherche, c’est... un centre de coûts. Nous investissons pour le compte des marques dans les programmes de recherche pour lesquels nous espérons proposer des produits qui vont réussir sur le marché et qui vont, de fait, aider les marques à financer notre centre de recherche d’une année sur l’autre. En pratique, chaque année, le budget du centre de recherche de l’année suivante est défini aux alentours du mois de septembre et nous planifions les investissements de chacune des maisons dans nos programmes de recherche.

Twideco : Peut-on avoir une idée du budget en question ?
Eric PERRIER : C’est une donnée confidentielle. Mais je peux vous assurer que ce sont des données significatives de recherche. Les collaborations avec les équipes universitaires et avec les PME représentent le deuxième plus gros budget de notre centre de recherche, après les salaires évidemment, puisque les salaires sont assez conséquents dans un centre de recherche, comme vous pouvez l’imaginer.

Twideco : Vous êtes entré chez LVMH en 2005. C’est justement l’année où la Cosmetic Valley a été labellisée pôle de compétitivité. Quelle responsabilité cela représente-t-il pour vous d’être directeur R&D LVMH au sein de la Cosmetic Valley quand on sait que LVMH-Dior est l’un des principaux piliers du pôle de compétitivité ?
Eric PERRIER : Pour vous répondre, je vais me replacer 5 ou 10 ans en arrière quand je travaillais à Lyon, au sein de la société Colectica puis Engelhard Personal Care. En Rhône-Alpes, même s’il se trouvait beaucoup de centres de recherche fondamentale de très haut niveau, des centres de recherches, des PME ou des grands groupes, il n’y avait pas de fabricants de produits cosmétiques. C’était une très grande faiblesse que ne connaît pas la Cosmetic Valley. Nous avons en région Centre une densité énorme de PME, de PMI, de centres de recherche, d’hôpitaux, d’universités qui peuvent être dédiés à la cosmétique ou qui le sont même déjà. C’est une chance incroyable car ceux qui fabriquent les produits finis, les donneurs d’ordre, sont là. En Rhône-Alpes, nous avions de magnifiques programmes de recherche, certes, mais nous n’avions pas les utilisateurs finaux présents sur place. J’avoue donc que j’ai une chance extraordinaire d’être au sien de la Cosmetic Valley régionalement parlant, car c’est un terreau extrêmement intéressant dans lequel nous allons pouvoir tisser des liens et faire en sorte de monter des programmes de recherche de très grande qualité. Nous pouvons faire ici de très belles choses tout en ayant des applications cosmétiques finales en impliquant le concret avec des PME, PMI ou start-up. C’est un gros avantage. Deuxièmement, pour vraiment répondre à votre question, il est évident que LVMH Recherche étant le plus gros centre de recherche de cosmétique de la Cosmetic Valley, on attend beaucoup de nous. Nous essayons de jouer notre rôle au mieux mais il ne faut pas oublier que la critique est facile. En faisant partie de la Cosmetic Valley, nous risquons la critique car en en faisant partie, nous touchons des subventions, or nous sommes déjà « riches ». D’un autre côté, si nous ne faisions pas partie de la Cosmetic Valley, nous risquerions de passer pour « snobs ». Vous voyez que c’est un peu compliqué. Nous avons donc décidé de participer à un certain nombre de programmes de recherche de la Cosmetic Valley. Nous recevons des subventions mais 100% de ces subventions sont réinjectées dans des contrats de sous-traitance ou dans des contrats de fournitures de travaux de recherche dans des PME ou des start-up qui ne font pas partie du consortium mais qui existent et sont, par conséquent, remarquées en tant que prestataires des consortiums.

Twideco : Après s’être fortement axé sur le cosméto-textile, aujourd’hui la Cosmetic Valley parle davantage, dans ses différents programmes de recherche, de « cosmetic & sensory ». Pour vous, quels sont les points de concordance et les différences entre ces deux notions ? Etait-ce une évolution logique ? Un axe de développement stratégique chez LVMH ?
Eric PERRIER : Le cosméto-textile n’a jamais été un produit phare chez LVMH donc, même si c’est un sujet très intéressant et un domaine où il peut y avoir de belles innovations, c’est quelque chose qui nous intéresse moyennement. Nous restons plus axés vers la cosmétique et la parfumerie assez classique, innovante mais classique. Dans ce sens-là, j’ai participé au congrès qui a eu lieu à Tours l’année dernière, « Sensory & Evaluation ». Nous posons la problématique de ce qui caractérise un produit de luxe dans le domaine du soin, du maquillage et du parfum. Finalement, ce qui crée notre différence, c’est l’extrêmement grande qualité de nos produits d’un point de vue sensoriel. Nos clients attendent de nos produits une qualité sensorielle extraordinaire tout en combinant l’efficacité biologique la plus forte possible. Le paradoxe persiste, ces deux notions sont forcément antinomiques. Le client attend de nous que nous lui fournissions les bons côtés de ces deux typologies de produits sans les mauvais côtés.

Twideco : Revenons sur la construction du bâtiment Hélios. Où en est-on ?
Eric PERRIER : Ce projet représentait une problématique technique très importante. Elle s’est même avérée à un moment donné quasiment insoluble. Le panier de basket en verre transparent au centre du bâtiment posait un problème de jonction. Nous avons pris beaucoup de retard en essayant de résoudre ce problème mais maintenant nous avons la solution. Le programme a suivi son court, nous avons travaillé sans cesse et nous espérons pouvoir signer dans le mois qui vient pour démarrer les travaux assez rapidement. Le bâtiment devrait pouvoir nous être livré début 2012.

Twideco : La création de ce bâtiment représente-t-elle un axe de développement stratégique important ?
Eric PERRIER : Tout à fait. Généralement, quand on construit un centre de recherche, on construit un bâtiment et on met une équipe dedans. Nous, nous avons pensé le bâtiment autour des équipes. Nous avons d’abord mimé en 3D les échanges entre les experts pour comprendre comment circulaient les produits et les personnes, comment travaillaient les gens entre eux et pour seulement ensuite, construire un bâtiment autour des ces flux. C’est une approche architecturale vraiment innovante et cela va nous permettre de gagner en convivialité. Demain, en 2012, nous aurons un bâtiment qui autorisera les visites et qui nous permettra d’avoir plus de relation avec la presse, ce qui n’est pas possible aujourd’hui.

Twideco : C’est finalement à la fois un outil de management et un outil de communication ?
Eric PERRIER : C’est d’abord un outil de travail dans le sens où, lorsqu’on se penche sur la circulation des personnes, des matières premières et des produits finis dans un centre de recherche classique comme le notre aujourd’hui, on se rend compte que le produit et les experts font des kilomètres pour arriver à se rencontrer. Nous avons donc imaginé une mise en interactions des experts et des produits dans un environnement proche les uns des autres et, je crois, qu’en termes de conception de bâtiment, c’est vraiment une grande première.

Twideco : Pour vous, COSM’Innov représente-t-il un événement important ? Allez-vous y participer ? De quelle manière ? Au niveau international, cela permet-il vraiment de donner de la visibilité aux différents travaux que vous menez ?
Eric PERRIER : Il existe un certain nombre de congrès internationaux un peu partout dans le monde. Néanmoins, je suis intimement convaincu que, du fait de la proximité de la Cosmetic Valley avec les centres de recherche, ce congrès va progressivement devenir un rendez-vous important en France. Je ne sais pas s’il développera forcément une aura internationale mais, en tout cas, avant de rêver cela, il faut déjà qu’il soit reconnu en France. Nous y participons bien sûr, un certain nombre de nos chercheurs seront présents lors de ces deux journées car nous pensons que, si un congrès de ce type est renouvelé de façon suffisamment régulière avec des thématiques homogènes d’une année sur l’autre, il ne peut que faire rayonner encore un peu plus le côté scientifique de la Cosmetic Valley. Et nous, en tant qu’LVMH Recherche, nous souhaitons apporter notre soutien le plus fort possible à ce rayonnement de l’esprit scientifique au sein de la Comestic Valley et appliqué à la cosmétique bien sûr.

Twideco : Que peut-on vous souhaiter maintenant ?
Eric PERRIER : Je souhaite que tout notre programme de construction Hélios fonctionne bien, que le bâtiment soit une réussite et qu’il arrive à nous apporter la satisfaction qu’on imagine. Vous savez, ce bâtiment, c’est un peu comme une maison personnelle que l’on attend. On espère beaucoup et puis on peut avoir de bonnes surprises comme de moins bonnes. Aussi, j’espère vraiment que tout se passera bien et surtout que ce sera un bâtiment dans lequel nos collaborateurs et collaboratrices aimeront vivre et j’irais même plus loin, qu’il donne envie à de nouveaux collaborateurs de nous rejoindre.

Rédigé par Lucie BRASSEUR le Lundi 22 Mars 2010 à 09:58

Retour sur un parcours peu commun : d’Ingré à Priceminister, il n’y avait qu’un pas


Crédit  photo : JEAN-PIERRE MULLER  / AFP
Crédit photo : JEAN-PIERRE MULLER / AFP
Twideco : Pierre Kosciusko-Morizet, nous parlons beaucoup de ce que vous faites aujourd’hui mais nous savons moins d’où vous venez. Il me semble que quand on veut comprendre une personne, il est important de savoir d’où cette personne vient. Alors, quel a été votre parcours ?

PKM : Je suis né à Ingré tout près d’Orléans mais n’y ai vécu que deux ans. Mon père était directeur de l'équipement. J’ai grandi à Sèvres où j’ai vécu le reste du temps. Maintenant, je vis à Paris et mes parents habitent toujours Sèvres. Je suis parti de chez moi pour aller à HEC à Jouy-en-Josas. J’y ai passé deux années plutôt agréables, riches de vie associative, puis je suis parti en Inde, où j’ai travaillé dans une léproserie. J’étais au BDE. Ce fut une expérience plus personnelle que professionnelle et c’est pourquoi je suis reparti à l’étranger, six mois en Allemagne, puis huit mois au Vietnam où j’ai rejoint un Français qui venait de monter sa société ADEN.

Twideco : Cela fait beaucoup de voyages dans votre vie, l’Inde, l’Allemagne, le Vietnam…

PKM : J’adore voyager. C'est assez paradoxal car pour Priceminister, je fais assez peu de déplacements professionnels, je voyage surtout pour le loisir. On a ouvert l'Espagne et l'Angleterre depuis Paris. Le Vietnam m’ayant particulièrement marqué, j’ai rejoint quelqu’un qui venait de monter une société à Saïgon et je suis parti dans l’objectif de développer sa filiale à Hanoï. C’est là que j’ai vraiment ressenti l’envie de monter une boîte. Quand je suis rentré pour ma dernière année d’HEC, c’était devenu une évidence. J'ai monté une boîte pendant ma dernière année d'HEC. Ma société s’appelait Visualis SA et proposait du conseil en distribution, plus précisément nous comptions les personnes qui entrent et sortent des magasins, des centres commerciaux... Finalement, cela n’a pas fonctionné, j’ai eu un problème avec mon fournisseur de technologies et ai donc fermé au bout d’un an, juste à la fin de mon année.

Twideco: C’était une vraie société ou une jeune entreprise montée dans le cadre de vos études ?

PKM : Au départ, c’était un projet, puis c’est devenu une vraie société. A HEC Entrepreneurs, nous devions monter des projets courts de simulation de créations d’entreprises, de cas de redressements, etc. En fait c'est de la simulation réelle car on fait comme si on montait la boîte mais en général on ne la monte pas. Mais, moi je l'ai montée! J’avais dix actionnaires, nous avons investi 40 000 euros. C’était une société anonyme à conseil d’administration, et puis nous avons commencé à avoir des clients. Malheureusement, j’ai eu ce problème qui m’a obligé à arrêter. Cela été une vraie aventure entrepreneuriale courte, un vrai échec mais dont j’ai beaucoup appris.

Twideco: C’est votre pire échec ?

PKM : Si je regarde ma vie professionnelle de A à Z, c’est clairement mon plus gros échec. Mais sans cet échec-là, qui sait si j’aurais lancé Priceminister après.

Twideco: Combien de temps après cette première aventure avez-vous créé Priceminister ?

PKM : 1 an après. J’ai monté Visualis en 1998, été diplômé d’HEC en juin 1999 et ai fermé Visualis en août 1999 pour finalement créer Priceminister en Juillet 2000. Entre-temps je suis parti aux Etats-Unis. J’avais rejoint CapitalOne justement dans l’optique de passer du temps aux USA mais en Juillet 2000, j’ai démissionné pour rentrer en France et monter Priceminister. Puis tout s’est enchaîné et l’aventure se poursuit aujourd’hui. Après la première création d'entreprise, j'avais envie d'en recréer une autre mais je n'avais pas d'idée. Je pense que quand on a envie de monter des boîtes, on a du mal à faire des pauses trop longues.

Twideco: Ce projet de création, vous l’avez travaillé seul ou vous étiez plusieurs ?

PKM : Après la création de ma première entreprise, j’ai voulu en créer une autre très rapidement. Je pense que lorsque l’on a la veine entrepreneuriale, une pause très longue en tant que salarié est très difficile à vivre. Pour moi, un an chez CapitalOne, dans un groupe, c’était déjà très long. Je voulais recréer depuis début 2000 sans avoir vraiment d’idée précise. En juillet, l’idée de Priceminister m’est enfin venue. Deux semaines après, je suis rentré en France et nous avons créé la société début août : fin août, nous étions neuf et fin septembre, nous étions quinze. J’ai décidé de monter ma société avant d’avoir des associés. C’était une décision personnelle. En revanche, simultanément, j’en ai parlé autour de moi en disant « Je monte une boîte, est-ce que tu veux me rejoindre ? », ce qui est très différent de « J’ai une idée, qu’est-ce que tu en penses ? ». J’ai partagé le capital avec quatre associés et sur les cinq de départ, nous sommes toujours quatre à diriger aujourd’hui. Tout cela s’est fait en un mois, le mois d’août 2000, et en septembre, nous avons levé cinq millions de francs pour démarrer, soit 700 000 euros.

Twideco: Deux mois après l’ouverture ?

PKM : A peine. Le 11 août, c’est le jour où Pierre Krings démissionne de CapitalOne, et le jour également où Nathalie Maurin, le 3ème associé de Priceminister, quitte la banque Lazard. Cela représente un peu le jour de la création de la société pour nous. Le lendemain, nous rencontrons le directeur technique, Justin Ziegler, puis Olivier Mathiot que je connaissais déjà. Dès ce moment-là, l’équipe était presque complète. Nous avons rédigé le business plan courant août, fini de le rédiger le 20 août et les promesses d’investissements sont arrivées le 15 septembre. Nous avions donc les fonds en trois semaines. Il faut savoir que nous allions voir les potentiels investisseurs en leur disant « voilà notre projet, il y a une opportunité, soit vous investissez, soit vous n’investissez pas, mais si vous investissez, c’est dans trois semaines. Nous avons déjà beaucoup de personnes intéressées, donc réfléchissez vite ! » Et cela a fonctionné. L’argent est arrivé sur le compte mi-octobre et le site a ouvert le 16 janvier 2001. Il y a eu quatre mois de développement technique puis une phase de six mois où il ne s’est pas passé grand-chose. La popularité du site a grandi et dès juillet 2001, nous avons progressé de 30% d’un mois sur l’autre. Ceci nous a permis d’atteindre enfin la rentabilité en 2002. Je dis “enfin” car nous avons connu quelques moments très durs durant le deuxième trimestre 2001. Nous n’avions pas encore fait décoller notre croissance ni beaucoup d’argent pour subvenir aux salaires, loyer, ect… Bref, la sauce a pris et nous avons fait une nouvelle levée de fonds début 2002 qui a été sursouscrite x3, puis une autre en 2005. A cette occasion là, nous avons levé 11 millions d’euros dans l’optique claire d’effectuer des acquisitions à l’étranger. Cela a vraiment représenté un cap pour nous.

Twideco: En tout, combien avez-vous effectué de levées de fonds ?

PKM : Quatre. Septembre 2000, juin 2001, janvier 2002, et début 2005. Pour les trois premières, nous avons fait appel à des business angels, des particuliers. En 2005, c’était différent. Nous étions rentables et même si nous n’étions encore qu’une petite boîte, ces fonds d’investissements arrivaient presque en capital développement pour l’international et les acquisitions.

Twideco : Une petite boîte qui avait déjà, en un seul mois, 15 salariés… Aujourd’hui, combien en comptez-vous ?

PKM : Aujourd’hui, nous sommes 200 mais il faut savoir qu’avec deux millions de visites par jour sur le site, 10 000 personnes vivent actuellement de leurs ventes. C’est une des beautés de l’internet, avec la technologie, on arrive à démultiplier plein de choses.

Twideco : J’ai rencontré Philippe Hayat récemment. Il dit que l’entrepreneur naît entrepreneur. Est-ce que, comme lui, vous avez vécu votre première expérience entrepreneuriale étant enfant ou bien s’est-elle faite au cours de votre formation HEC ?

PKM : J’aime beaucoup Philippe, on se connaît très bien, mais je ne suis pas du tout d’accord avec lui. Je ne pense pas que l’on naisse entrepreneur et heureusement, car sinon, cela voudrait dire que certaines personnes, malheureusement non nées entrepreneur, ne pourraient pas vivre leur passion. Selon moi, tout le monde peut l’être. Il y a des déclics qui font que l’on bascule et je pense que l’on bascule de manière assez définitive. Personnellement, j’ai des parents fonctionnaires donc on ne peut pas dire que cela a été génétique contrairement à Philippe qui a eu la chance d’être éduqué dans une culture familiale entrepreneuriale. Moi, j’ai eu une envie de liberté, de choisir les gens avec qui je voulais travailler, une envie de me sentir utile et cela a été mon déclic. Beaucoup d’entrepreneurs autour de moi ont eu leur déclic vers 40-45 ans à la suite d’un licenciement. Evidement, il y a aussi le modèle du jeune gars de 25 ans qui a pris son bâton de pèlerin et a voulu conquérir le monde, c’est tout de même plus enthousiaste comme histoire. Bref, selon moi, il n’y a pas d’âge ni de milieu défini pour la création d’entreprise. D’ailleurs, Philippe est sûrement d’accord avec moi sur ce point là, l’entrepreneuriat est aussi comme une graine que l’on peut planter. Philippe Hayat a monté 100 000 entrepreneurs, association dont je fais partie et qui contribue à développer en France le goût et le courage d’entreprendre au travers d’actions diverses. Nous envoyons notamment des entrepreneurs dans des collèges et des lycées afin de rendre plus proche et plus compréhensible l’entreprise aux jeunes. Je pense qu’en faisant cela, nous favorisons ce déclic qui n’aurait pu naître en eux que beaucoup plus tard.

Twideco : Quand est-ce que 100.000 entrepreneurs viendra en région Centre ?

PKM : Ah nous n’y sommes pas encore ?

Twideco : Philippe Hayat m’a répondu “Non ce n’est pas encore au programme”.

PKM : Dommage.

Twideco : Quels sont les projets d’avenir de Priceminister ?

PKM : Nous avons quatre axes de travail. Le premier, c’est de toujours prendre plaisir à ce que nous faisons car quand on aime ce que l’on fait, on le fait mieux. Je crois beaucoup à cette notion de plaisir et je l’applique à tout le monde, que ce soit aux fondateurs, aux dirigeants, aux actionnaires ainsi qu’à toutes les équipes évidemment. Les trois autres axes sont plus orientés business. Nous voulons tout d’abord devenir le leader français de l’E-commerce, nous voulons aider nos filiales comme l’Espagne et l’Angleterre à devenir leader de leur marché et nous voulons développer et assurer la stabilité de nos filiales en France, Voyagermoinscher.com, et Avendrealouer.fr.

Twideco : Priceminister Espagne ou Angleterre sont donc des filiales ?

PKM : Oui, l’objectif est que l’on devienne également leader dans les autres pays où nous sommes implantés, comme l’Espagne et l’Angleterre. Puis, évidement, nous continuerons nos conquêtes territoriales dans le but d’être dans 2-3 voire 5 ans un des leaders de l’E-commerce en Europe. Actuellement, Priceminister est majoritairement français or nous avons une vraie ambition internationale. Nous voulons que l’international pèse plus que la France à terme.

Twideco : Comment voyez-vous l’avenir concernant vos filiales françaises ?

PKM : Nous avons racheté plusieurs sociétés ; Voyagermoinscher.com et Avendrealouer.fr entre autres. L’idée est toujours de rester ou de devenir leader du marché en question. Voyagermoinscher.com est actuellement le leader de la comparaison de prix de voyages en France et nous comptons bien consolider cette place-là avant de développer le concept à l’étranger. Avendrealouer.fr n’est pas encore le leader de l’immobilier français mais c’est notre objectif. En 2010, que ce soit en France ou ailleurs, Priceminister et ses filiales tenteront de devenir leader.

Twideco : J’ai lu que vous consacriez 20% de votre temps, c'est-à-dire une journée par semaine aux médias. La communication, c’est important pour vous ?

PKM : Cela prend en effet énormément de temps, que ce soit le temps réel de l’interview mais également le temps passé à le préparer. Néanmoins, je pense que c’est une tâche primordiale du chef d’entreprise, et de lui seul, car il est le représentant de l’entreprise. L’image et la marque d’une entreprise se dessinent essentiellement à travers l’expérience client, le bouche à oreille, le marketing, mais également, au travers des médias et de la communication. Ce sont des relais de développement, de notoriété et d’image, essentiels et donc j’y passe du temps.

Twideco : Est-ce une activité à laquelle vous prenez du plaisir ?

PKM : Oui, beaucoup. C’est agréable de parler de sa société. Je suis très fier de ce que l’on réalise chaque jour et j’aime en parler. De plus, nous avons la chance d’être assez bien traités par la presse. Nous ne vendons pas de cigarettes, nous ne faisons pas de contrefaçon, nous luttons contre. Nous faisons partie d’un modèle économique qui globalement rend service aux gens et qui n’est pas attaquable éthiquement nous connaissons avec les journalistes des interactions plus positives que négatives. Donc, oui, c’est une activité à laquelle je prends du plaisir.

Twideco : Il y a environ un an, lors d’une interview avec E. Chevrillon sur BFM radio, vous clôturiez sur l’avenir des médias et notamment sur la TV sur internet. Vous disiez surveiller cela de très près. Qu’en est-il aujourd’hui ?

PKM : On le dit depuis 10 ans, mais aujourd’hui la télévision sur le net devient réalité. Ces derniers temps, les supports ne cessent de muter. J’ai l’impression que la télévision empiète sur le mobile et sur l’internet, que l’internet empiète sur le mobile, que la téléphonie empiète sur internet… Bref, tout devient possible et nous vivons une réelle mutation des moyens de communication. Nous savons que, dans quelques mois ou années, l’écran de télévision qui trône actuellement dans la plupart des salons des ménages français mais également internationaux, ne sera plus appelé « écran de télévision ». Ce sera un écran petit ou grand, avec ou sans projecteur, avec ou sans home cinéma, mais la distinction entre télévision et internet ne se fera plus. C’est d’ailleurs pour cela que je ne suis pas optimiste concernant l’avenir des télévisions dites commerciales, qui vivent de la publicité. A mon avis, le grand public va de plus en plus se tourner vers des émissions à la carte sans regarder la publicité. C’est un vaste mais très passionnant sujet cette évolution de la consommation des médias.

Twideco: Alors, si les gens ne regardent pas la pub ni avant ni après, comment finance-t-on le système ? Quel est selon vous le business modèle de la télévision de demain ?

PKM : J’aimerais le savoir. La télévision a énormément changé et je le comprends. Elle doit faire face à d’énormes coûts de production qu’elle tente par tous les moyens de réduire. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous allons plutôt vers un appauvrissement des contenus, qui sont déjà à mon sens très pauvres. Quand j’étais petit, j’aimais beaucoup regarder la télévision car il y avait un film quasiment tous les soirs. Aujourd’hui il y a des séries américaines, de la tv réalité mais hormis le dimanche, et encore pas toujours, il n’y a plus de films. L’avenir de la télévision est dans son contenu.

Twideco : La télévision ne devrait-elle pas évoluer vers un modèle comme celui de la radio qui comporte peu de moyens techniques, et donc financiers, et se focaliser sur le fond ?

PKM : A mon sens, c’est en effet sa seule chance de survie. Que ce soit du fond, que ce soit de l’instantané consommé comme du flux, il faut qu’elle change de modèle. Actuellement, les radios qui fonctionnent, sont celles qui proposent des programmes de format talk et information un peu brute et directe. A contrario, je pense que les radios musicales ne seront plus écoutées dans 5 ans. En effet, tout le monde aura sa play liste pour choisir les titres comme il le souhaite et cela sans publicités. J’avoue que je serais très embêté si je devais diriger une radio musicale aujourd’hui. Je pense que c’est un business qui va évoluer de manière « dramatique » comme disent les anglais, à prendre dans le sens de « beaucoup ».

Lucie BRASSEUR
Rédigé par Lucie BRASSEUR le Lundi 8 Février 2010 à 07:00