Lors de mes premiers échanges avec certains de nos partenaires et amis, j’ai eu l’occasion de leur poser cette question, à quelque chose près, mots pour mots. Il en est ressorti une chose simple, tout dirigeant que nous soyons, nos relations à la presse nationale ou locale est presque une histoire d’amour. Nous avons tous, une émission de radio, un périodique ou un programme audio-visuel qui bouleverse nos angles de vue, nos façons d’aborder la réalité, notre rapport au monde. Dans le désordre, j’ai repertorié des BFM Radio et TV, des France Inter, Culture ou Info, des La Tribune, Les Echos, Le Monde ou bien encore le Figaro. D’une manière plus locale, la PQR reste indétrônable, nous la recevons tous, ou presque, par le courrier pour y glaner des résultats sportifs ou une impression générale de ce qui meut nos environnements proches : ville, département ou région.
Depuis près de deux ans, au sein de la rédaction de TWIDECO TV, nous organisons quotidiennement des émissions de télévision diffusées sur internet, j’ai donc été aux premières loges pour constater quelles sont les relations qu’entretiennent les dirigeants d’entreprise aux médias. Il me semble important de faire la distinction entre média et presse. Le média est l’organe qui met en scène l’information. Il est le bras armé organisant et triant les éléments, l’information. Les faits ne sont que ceux que l’on choisit - nous : journalistes - de mettre en avant. Un exemple récent : le drame en Haïti. Toute la presse s’est ruée sur l’événement. Impossible de ne pas déplorer un tel sinistre écologique, social et surtout humain. Cependant, au même instant, sous nos fenêtres des familles sont expulsées faute d’avoir les moyens de continuer à vivre, des mères nourrissent leurs enfants grâce aux restos du coeur - “l’honneur, disait Pagnol, c’est comme une allumette, ça ne sert qu’une fois” - elles savent bien ce que ça signifie, des dizaines d’exclus meurent de froids, en FRANCE. L’exemple est frappant, ne parlons pas des pluies diluviennes qui nettoient des pans entiers des bidonvilles à chaque saison de pluie, dans tous les pays “en voie de développement” du monde : Amérique Latine, Afrique, Asie. Ne parlons pas non plus des enfants qui continuent de fabriquer nos chaussures - et ordinateurs - dans les pays les plus pauvres, ne parlons pas de ces familles lointaines bien que nos frères humains pour paraphraser Albert Cohen qui errent dans le Sahel pour trouver de l’eau, simplement de l’eau. Les médias, dans leur mimétisme pour ne pas dire dans l’inertie informationnelle, nous ressassent les mêmes faits, les mêmes drames humains. A croire qu’outre les fashion week, il existerait les fashion news. A chaque saison son lot d’informations quasi identiques dans tous les médias. C’est un fait : impossible de changer les autres, alors changeons nous-même. Ce sera la première pierre à la construction d’un édifice social différent.
Cela dit, revenons aux dirigeants locaux, à vous, chers lecteurs. Vos lectures, vos attentes en matière de consommation de l’information, à l’heure du tout web (ou presque), il est apparu un événement surprenant - rassurant quand même. Quand d’aucun prédisait la mort du papier, de la télévision ou de la radio, vous avez su faire évoluer vos habitudes d’accès à l’information, en multipliant les canaux, bien que tous continuent de répondre à vos besoins. On ne lit pas le journal comme on regarde la télévision, ni même comme on écoute la radio ou que l’on surfe sur le web, pour regarder une émission de tv ou pour s’informer. A chaque média, son usage, et c’est tant mieux.
Je disais donc, qu’après plus de 300 émissions de télévisions diffusées sur internet, j’ai largement eu l’opportunité d’observer les comportements que vous entretenez avec les médias. Certains, consciemment ou non, adorent le support télé, le contact avec les journalistes en général, même si, souvent, par fausse modestie, ils hésitent quelques minutes à accepter l’invitation, ils sont trop heureux de sentir que l’on s’intéresse à eux. L’ego... Rien de négatif là-dedans. Si tous les dirigeants venaient à refuser de s’exprimer en public, à un micro ou lors d’un entretien avec un journaliste, d’autres le feraient à leur place, et là : catastrophe. Le jour où les dirigeants ne prendront plus la parole, d’autres le feront à leur place et l’adage “les patrons, tous des c...” deviendrait une réalité car on ne trouverait pas de preuve contraire à affirmer. L’égo, l’ambition, la reconnaissance, sont des concepts qui nous animent tous, de près ou de loin, dirigeants, collaborateurs, bénévoles : quand on fait quelque chose, on prend le risque d’être critiqué, mais surtout on aime que ça se sache.
Revenons à la différence entre presse et média. Les médias attirent, intriguent mais font peur aussi. Combien de dirigeants sollicités pour intervenir sur le plateau m’ont dit être terrorisés par les caméras? Combien m’ont dit être refroidis par une expérience douloureuse au cours de laquelle, un confrère aurait déformé ses propos, orientés pour servir une vision politique (au sens propre du terme) du monde? C’est un fait, beaucoup de dirigeants ont peur de ce que peuvent dire les journalistes à leur propos. Sans compter qu’ils sont rares ceux à qui on a donné droit à la parole. Un dirigeant est un homme ou une femme qui prend des risques, mise gros sur la table, vit, respire, est tout entier animé par son entreprise, “sa boîte”. Combien sont ceux qui m’ont simplement dit “vous savez, c’est la première fois pour moi”. Il faut une première fois à tout, et quand on est dirigeant on devrait avoir droit au chapitre beaucoup plus souvent. Cet hebdomadaire, comme la WebTV économique que nous avons créée il y a deux ans, est une tribune libre pour les dirigeants. Car, oui, tout est prétexte à l’économie : le sport, l’industrie, la culture, l’agriculture... Dans notre rapport au monde, tout est occasion à transaction monétaire. Un de mes anciens rédacteurs en chef me disait un jour “avoir des idées c’est bien, mais sans sonnant et trébuchant, tu n’iras pas loin”. Tout est dit.
C’est pour cette raison - l’impératif monétaire impliqué dans toute transaction humaine ou matérielle - que les dirigeants devraient avoir la responsabilité (encore une!) de s’exprimer sur le monde, la société. Un dirigeant d’entreprise voit le monde de manière globale, il sait qu’en créant son activité, il acquiert non seule ent son indépendance mais souvent celle de nombreux autres, qui croient en lui. Être responsable de soi mais surtout d’autres, c’est la chose la plus merveilleuse mais la plus complexe aussi. Ainsi, lorsque l’on crée une société, les banquiers et les réseaux d’accompagnement nous demandent nos CV - il faut bien une preuve du sérieux de celui qui prend de telles responsabilités - , comme si pour devenir parent, on devait passer un test d’aptitude... Mais laissons là nos amis banquiers, c’est un autre débat.
Les dirigeants d’entreprise aiment les médias, ils les consultent comme de précieux outils, leur permettant d’élargir leur vision du monde, d’affiner leurs perceptions, leur offrant la possibilité de développer leur business et donc de créer davantage de valeur humaine (en créant des emplois) ou de valeurs matérielles réinjectées dans le tissu économique, dans la société. Le dirigeant aime son quotidien, son hebdomadaire, son émission de tv, ou de radio, ses sites d’information ou de divertissement mais en même temps, soyons réalistes, les dirigeants nous craignent, nous médias, qui ne devrions être rien de plus que des relais d’information, les aidant à prendre plus justement leurs décisions.
Envoyez vos réactions à :
lucie.brasseur@twideco.com
Depuis près de deux ans, au sein de la rédaction de TWIDECO TV, nous organisons quotidiennement des émissions de télévision diffusées sur internet, j’ai donc été aux premières loges pour constater quelles sont les relations qu’entretiennent les dirigeants d’entreprise aux médias. Il me semble important de faire la distinction entre média et presse. Le média est l’organe qui met en scène l’information. Il est le bras armé organisant et triant les éléments, l’information. Les faits ne sont que ceux que l’on choisit - nous : journalistes - de mettre en avant. Un exemple récent : le drame en Haïti. Toute la presse s’est ruée sur l’événement. Impossible de ne pas déplorer un tel sinistre écologique, social et surtout humain. Cependant, au même instant, sous nos fenêtres des familles sont expulsées faute d’avoir les moyens de continuer à vivre, des mères nourrissent leurs enfants grâce aux restos du coeur - “l’honneur, disait Pagnol, c’est comme une allumette, ça ne sert qu’une fois” - elles savent bien ce que ça signifie, des dizaines d’exclus meurent de froids, en FRANCE. L’exemple est frappant, ne parlons pas des pluies diluviennes qui nettoient des pans entiers des bidonvilles à chaque saison de pluie, dans tous les pays “en voie de développement” du monde : Amérique Latine, Afrique, Asie. Ne parlons pas non plus des enfants qui continuent de fabriquer nos chaussures - et ordinateurs - dans les pays les plus pauvres, ne parlons pas de ces familles lointaines bien que nos frères humains pour paraphraser Albert Cohen qui errent dans le Sahel pour trouver de l’eau, simplement de l’eau. Les médias, dans leur mimétisme pour ne pas dire dans l’inertie informationnelle, nous ressassent les mêmes faits, les mêmes drames humains. A croire qu’outre les fashion week, il existerait les fashion news. A chaque saison son lot d’informations quasi identiques dans tous les médias. C’est un fait : impossible de changer les autres, alors changeons nous-même. Ce sera la première pierre à la construction d’un édifice social différent.
Cela dit, revenons aux dirigeants locaux, à vous, chers lecteurs. Vos lectures, vos attentes en matière de consommation de l’information, à l’heure du tout web (ou presque), il est apparu un événement surprenant - rassurant quand même. Quand d’aucun prédisait la mort du papier, de la télévision ou de la radio, vous avez su faire évoluer vos habitudes d’accès à l’information, en multipliant les canaux, bien que tous continuent de répondre à vos besoins. On ne lit pas le journal comme on regarde la télévision, ni même comme on écoute la radio ou que l’on surfe sur le web, pour regarder une émission de tv ou pour s’informer. A chaque média, son usage, et c’est tant mieux.
Je disais donc, qu’après plus de 300 émissions de télévisions diffusées sur internet, j’ai largement eu l’opportunité d’observer les comportements que vous entretenez avec les médias. Certains, consciemment ou non, adorent le support télé, le contact avec les journalistes en général, même si, souvent, par fausse modestie, ils hésitent quelques minutes à accepter l’invitation, ils sont trop heureux de sentir que l’on s’intéresse à eux. L’ego... Rien de négatif là-dedans. Si tous les dirigeants venaient à refuser de s’exprimer en public, à un micro ou lors d’un entretien avec un journaliste, d’autres le feraient à leur place, et là : catastrophe. Le jour où les dirigeants ne prendront plus la parole, d’autres le feront à leur place et l’adage “les patrons, tous des c...” deviendrait une réalité car on ne trouverait pas de preuve contraire à affirmer. L’égo, l’ambition, la reconnaissance, sont des concepts qui nous animent tous, de près ou de loin, dirigeants, collaborateurs, bénévoles : quand on fait quelque chose, on prend le risque d’être critiqué, mais surtout on aime que ça se sache.
Revenons à la différence entre presse et média. Les médias attirent, intriguent mais font peur aussi. Combien de dirigeants sollicités pour intervenir sur le plateau m’ont dit être terrorisés par les caméras? Combien m’ont dit être refroidis par une expérience douloureuse au cours de laquelle, un confrère aurait déformé ses propos, orientés pour servir une vision politique (au sens propre du terme) du monde? C’est un fait, beaucoup de dirigeants ont peur de ce que peuvent dire les journalistes à leur propos. Sans compter qu’ils sont rares ceux à qui on a donné droit à la parole. Un dirigeant est un homme ou une femme qui prend des risques, mise gros sur la table, vit, respire, est tout entier animé par son entreprise, “sa boîte”. Combien sont ceux qui m’ont simplement dit “vous savez, c’est la première fois pour moi”. Il faut une première fois à tout, et quand on est dirigeant on devrait avoir droit au chapitre beaucoup plus souvent. Cet hebdomadaire, comme la WebTV économique que nous avons créée il y a deux ans, est une tribune libre pour les dirigeants. Car, oui, tout est prétexte à l’économie : le sport, l’industrie, la culture, l’agriculture... Dans notre rapport au monde, tout est occasion à transaction monétaire. Un de mes anciens rédacteurs en chef me disait un jour “avoir des idées c’est bien, mais sans sonnant et trébuchant, tu n’iras pas loin”. Tout est dit.
C’est pour cette raison - l’impératif monétaire impliqué dans toute transaction humaine ou matérielle - que les dirigeants devraient avoir la responsabilité (encore une!) de s’exprimer sur le monde, la société. Un dirigeant d’entreprise voit le monde de manière globale, il sait qu’en créant son activité, il acquiert non seule ent son indépendance mais souvent celle de nombreux autres, qui croient en lui. Être responsable de soi mais surtout d’autres, c’est la chose la plus merveilleuse mais la plus complexe aussi. Ainsi, lorsque l’on crée une société, les banquiers et les réseaux d’accompagnement nous demandent nos CV - il faut bien une preuve du sérieux de celui qui prend de telles responsabilités - , comme si pour devenir parent, on devait passer un test d’aptitude... Mais laissons là nos amis banquiers, c’est un autre débat.
Les dirigeants d’entreprise aiment les médias, ils les consultent comme de précieux outils, leur permettant d’élargir leur vision du monde, d’affiner leurs perceptions, leur offrant la possibilité de développer leur business et donc de créer davantage de valeur humaine (en créant des emplois) ou de valeurs matérielles réinjectées dans le tissu économique, dans la société. Le dirigeant aime son quotidien, son hebdomadaire, son émission de tv, ou de radio, ses sites d’information ou de divertissement mais en même temps, soyons réalistes, les dirigeants nous craignent, nous médias, qui ne devrions être rien de plus que des relais d’information, les aidant à prendre plus justement leurs décisions.
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lucie.brasseur@twideco.com
Rédigé par Lucie BRASSEUR le Lundi 8 Février 2010 à 07:00
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