Le Blog de la Rédac
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Patrick BEAU, Créateur de Spincontrol et membre de la Cosmetic Valley (n° 2 - 22 Mars 2010)
Twideco : Quels sont les enjeux stratégiques initiaux de la Cosmetic Valley ?

Patrick BEAU : D’abord, il faut resituer la Cosmetic Valley dans son contexte. A l’origine, c’était une association professionnelle, créée à Chartres, là où il y a quelques grands donneurs d’ordre, comme Guerlain ou Lancaster. Des prestataires de service se sont regroupés en association pour être un peu plus forts et avoir une meilleure visibilité auprès de ces donneurs d’ordre. En Indre et Loire, il n’existait pas vraiment d’axe majeur sur la cosmétique, ou sur la filière de la cosmétologie. Il n’y avait donc pas d’adhérents, et c’est Spincontrol qui, en 1999, a adhéré à l’association pour boucler l’implantation régionale. Mais cela restait avant tout une association professionnelle, avec un intérêt relativement limité. Quand en 2003, le gouvernement a lancé les pôles de compétitivité, la Cosmetic Valley s’est restructurée pour pouvoir être éligible. Il a fallu intégrer des centres de formation et des centres de recherche. Ce qui signifie essentiellement du public. Depuis, les adhérents peuvent proposer des sujets de recherche en collaboration avec deux entreprises privées et une entreprise publique de recherche. Ces sujets de recherche sont ensuite débattus au sein de la Cosmetic Valley et s’ils sont retenus, nous recherchons des financements pour mener à bien ce projet. A partir de 2004/2005, la Cosmetic Valley a pris une toute autre dimension puisque des grands donneurs d’ordre se sont intéressés à ces possibilités collaboratives et de financements. Dès lors, toutes les grandes marques de la cosmétologie y ont adhéré. Aujourd’hui, la Cosmetic Valley, compte à peu près 200 adhérents et pratiquement toutes les grandes marques de la cosmétologie. Nous devenons le centre de ressources le plus important au monde en matière de cosmétologie.

Twideco : Pourquoi avez-vous fait le choix de devenir membre de l’association Cosmetic Valley ?


Patrick BEAU : Au début, j’y ai surtout vu un intérêt commercial. Il s’agissait d’adhérer à une association dans notre filière pour une meilleure mise en réseau avec des prospects qui pouvaient devenir des clients. La première raison est donc évidement le réseau commercial qu’apporte l’adhésion à une telle association. La Cosmetic Valley, c’est également un excellent pourvoyeur d’image. Je pense notamment aux différents salons mondiaux auxquels la Cosmetic Valley participe. C’est une vitrine extraordinaire d’être associé à de très grands noms. Ainsi, le deuxième aspect est, sans aucun doute, la visibilité internationale qu’apporte la Cosmetic Valley. Enfin, pour une PME, pouvoir s’engager dans des programmes de recherche ambitieux est toujours problématique, surtout financièrement. Au travers de la Cosmetic Valley, le problème est résolu. Bref, il y tout intérêt à adhérer à cette association.

Twideco : Quelles sont vos fonctions au sein de la Cosmetic Valley ?


Patrick BEAU : Un des objectifs de la Cosmetic Valley, surtout dans le cadre des recherches, est d’instaurer un fil rouge dans chacun des grands départements. Dans le Loiret par exemple, c’est la formulation. Notre mission, au sein de la Touraine, est très compliquée parce que nous n’avons pas de grands noms de la cosmétologie sur notre territoire. Il faut savoir que le tissu économique tourangeau représente une myriade de PME évoluant sur quasiment tous les secteurs économiques. Nous avons néanmoins trouvé un thème commun que l’on a défini comme sensoriel. Il existe à Tours une société très pointue dans le domaine du design sensoriel. Nous nous sommes regroupés, il y a environ un an, pour promouvoir la Touraine comme centre d’expertise au niveau sensoriel. L’an dernier, le salon Cosmetic and sensory, c’est à dire « science du sensoriel au service de la cosmétologie », a remporté un franc succès. Actuellement, nous mettons en place un CER, un centre d’étude et de recherche, sur le sensoriel, au travers duquel nous proposerons aux industriels des protocoles de recherche, des financements, des ressources humaines et des compétences pour mener à bien leur projet de recherche dans ce domaine précis.

Twideco : Comment envisagez-vous l’avenir de la Cosmetic Valley et également, votre propre avenir au sein de la Cosmetic Valley ?


Patrick BEAU : L’objectif avoué de la Cosmetic Valley est de devenir un pôle mondial. Lorsque les pôles de compétitivité ont été créés, il y a 5-6 ans, la Cosmetic Valley n’a pas été élue comme pôle mondial. Aujourd’hui, c’est un pôle national, ce qui est déjà très bien. Mais compte tenu de notre évolution, je pense que nous avons toute légitimité à devenir un pôle mondial. Cela nous donnerait forcément une nouvelle impulsion. Mon objectif personnel en tant que Spincontrol, c’est d’être un acteur visible au sein de la Cosmetic Valley, car elle nous permet elle-même une grande visibilité à l’international.

Twideco : Quelle est l’actualité de Spincontrol ?

Patrick BEAU : La crise est derrière nous. Il faut être honnête, 2009 a été une mauvaise année. C’est la première fois que notre chiffre d’affaire baisse en 18 années d’existence. Heureusement, grâce à notre gestion saine, nous n’avons fait appel ni au chômage partiel, ni au licenciement économique. Bref, nous avons réussi à passer l’orage mais en serrant les boulons. Cela nous a permis de travailler sur la sortie de crise. Il fallait que l’on change, qu’on évolue, et nous avons mis en place un plan, actuellement en cours, sur trois ans. Notre axe principal de développement est toujours l’international. Nous réfléchissons à une implantation en Amérique du sud et en Inde. Nous travaillons également à renforcer notre présence en Asie. Le deuxième axe sur lequel nous travaillons est celui des services. Nous développons de nouveaux services, néanmoins toujours très proches des nôtres, pour nos clients et prospects. Enfin, le troisième axe est le renforcement de la R&D. Si nous sommes une entreprise innovante, c’est parce que nous sommes en permanence en recherche de nouvelles techniques, soit par transfert de technologie soit par création. Sur le groupe, nous sommes aujourd’hui trois docteurs en sciences et quatre ingénieurs. Je trouve d’ailleurs cela encore insuffisant.

Twideco : Donc dans 10 ans pouvons-nous imaginer un Spincontrol mondial ?

Patrick BEAU : Dans 10 ans, je serais à la retraite et j’irais jouer au golf tous les jours. Nous n’avons pas l’ambition d’être le leader international du test. Mon objectif est de devenir un groupe solide pour assurer la pérennité de cette société que j’ai créée. C’est le travers de beaucoup d’entrepreneurs ; ma société est, pour moi, comme mon troisième enfant. Spincontrol, c’est aussi 90 personnes dans le monde pour lesquelles je ressens une obligation morale à ce que cette société tienne la route. C’est donc mon objectif premier. Je prépare depuis quelques années ma transmission. La notion d’homme clé est extrêmement dangereuse pour les PME. Je travaille donc depuis quatre ans à la mise en place d’une structure solide de façon à ce que, si je m’en vais, de manière involontaire ou volontaire, cela ne pose aucun problème pour la pérennité de l’entreprise. Je mets également tout en place pour garder la fidélité de nos clients. Nous ne cherchons pas le profit à tout prix, mais plutôt à faire notre métier de façon correcte, avec qualité, et ce, tout en prenant un certain plaisir.



La Cosmetic Valley : Un pôle de compétitivité cosmétique à ambition mondiale

La Cosmetic Valley est le point commun entre tous les grands noms du luxe en matière de cosmétologie. C’est le premier centre de ressources mondial de la parfumerie cosmétique en matière de savoir-faire, de recherche et de formation. La Cosmetic Valley a pour mission le développement de la filière cosmétique et parfumerie en France. Elle met ainsi en place, avec le soutien des collectivités territoriales, un réseau d’entreprises, de centres de recherche et d’établissements de formation, des solutions pour partir à la conquête de nouveaux marchés internationaux et développer l’innovation. 400 PME et PMI concourent à cette mission et collaborent ainsi avec les plus grandes marques de la cosmétique : Guerlain, l’Oréal, Neutrogena ou encore Mustela.
www.cosmetic-valley.com


Entreprises travaillant avec la Cosmetic Valley :
Guerlain et Dior (LVMH), Hermès, Nina Ricci et Paco Rabanne (Groupe Puig), Lolita Lempicka (Pacific Création, Groupe Amore Pacific), Gemey-Maybelline et Yves Saint Laurent Beauté, l’Oréal, Clarins, Caudalie, Chanel, Jean-Paul Gaultier, Issey Miyake, Narciso Rodriguez, Serge Lutens (Shiseido), Head & Shoulders, Herbal Essence (Procter & Gamble), Signal, Axe, Brut, Dove, Rexona, Sunsilk, Timotei (Unilever), RoC, Neutrogena, Chopard, Le petit Marseillais (Johnson & Johnson), Calvin Klein, Davidoff, Lancaster (Groupe Coty), Veet, Biactol (Reckitt Benckiser), Mustela (Laboratoire Expanscience)…

Universités et Centre de formation partenaires :
Orléans, Rouen, Francois Rabelais de Tours, Versailles/Saint Quentin-en-Yvelines, Le Havre, Cergy Pontoise, ISIPCA, IMT, ESCEM-Tours, Ecole d’ingénieurs de Blois…

Chiffres Clés :
- 400 entreprises, représentant 45 000 emplois
- 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires
- 6 universités
- 200 laboratoires de recherche publics
- 7 500 chercheurs
- 36 projets de recherche pour 68,9 millions €
- 136 établissements de formation

Dates Clés :
1970 : La politique de décentralisation incite les grands noms à quitter la région parisienne. Beaucoup choisissent le sud de l’Ile de France : Guerlain, Coty-Lancaster et Paco Rabanne s’installent en Eure-et-Loir ; Dior à Orléans et Hermès dans l’Eure.
1994 : Création de l’association Cosmetic Valley. Les acteurs de la filière Beauté d’Eure-et-Loir sont les premiers à s’organiser en réseau en 1994. Ils sont une vingtaine à créer une association professionnelle dont Jean-Paul Guerlain prend la présidence.
2005 : La Cosmetic Valley est labellisée pôle de compétitivité. Son périmètre d’action s’élargit, passant de un à six départements présents sur trois régions : Centre, Ile-de-France et Haute Normandie.




La société SPINCONTROL, créée en 1991, a vu le jour à Tours, en Indre et Loir. Spincontrol teste les produits cosmétiques pour s’assurer de leur efficacité à l’aide de techniques scientifiques innovantes. Cette société de 90 salariés, répartis sur trois continents : européens (50 personnes), asiatique (30 personnes) et américain (10 personnes), réfléchit sans cesse au développement de son activité, en partant à la conquête de nouveaux marchés, tout en conservant son esprit d’innovation et sa soif de R&D. Spincontrol est membre de la Cosmetic Valley depuis 1999.
www.spincontrol.fr

Dates Clés :
1991 : création de la société Spincontrol
1995 : spécialisation en cosmétique
1999 : membre de la Cosmetic Valley
2003 : naissance de Spincontrol Asia Co.Ltd, filiale de Spincontrol basée en Thaïlande
2008 : naissance de Spincontrol Amérique du Nord Inc. Basée à Montréal (Canada)

Chiffres clés :
90 salariés
3 continents
4 millions d’euros de CA


Twideco : Racontez-nous la création de Spincontrol.

Patrick BEAU : J’ai fait un doctorat de science à la Faculté des sciences de Tours. J’étais spécialiste de l’imagerie par résonance magnétique nucléaire, qui est l’IRM que l’on connaît aujourd’hui dans le milieu clinique. En 1985, quand j’ai commencé ma thèse, ces appareils étaient très rares et à Tours, nous avions la chance d’en avoir un uniquement dédié à la recherche. A la sortie de ma thèse, en 1990, je n’avais malheureusement pas de possibilité d’intégrer la fonction publique pour être chercheur, alors que, normalement, c’est la vocation de tout doctorant en science. En revanche, le président de l’Université m’a donné la possibilité d’utiliser cette plateforme, quasiment unique en France, pour faire un peu ce que je voulais. J’avais déjà en tête la création d’entreprise et je me suis lancé. J’ai créé Spincontrol. Non spécialisés au départ dans la cosmétologie, nous y sommes venus après. Au cours de mes démarches commerciales, en 1992/1993, je suis entré en contact avec Yves St Laurent qui recherchait une technique d’imagerie pour appréhender l’hydratation de la peau. Nous avons travaillé sur ce sujet, trouvé une solution et publié notre résultat dans un journal scientifique. Suite à cela, le milieu de la cosmétologie s’est intéressé à nous et a commencé à nous solliciter très régulièrement. Si bien qu’en 1995/1996, nous avons décidé de nous concentrer exclusivement sur la cosmétologie en proposant des techniques les plus innovantes possible, tout en restant très scientifiques. Dans nos métiers, qui consistent à tester les produits cosmétiques, le premier atout est la qualité des rapports émis. Nous l’avons très vite compris et avons axé notre stratégie de développement sur l’innovation, parce que nos clients attendent de l’innovation, et sur une très grande rigueur scientifique, car les conséquences des résultats que nous apportons sont évidemment très importantes pour nos clients. Nous avons ajouté depuis le développement à l’international. Nous avons monté une filiale en Asie, non pas pour faire de la délocalisation, mais pour répondre à une demande extrêmement forte de nos clients pour tester l’efficacité des produits à visu asiatique. Nous travaillons sur des volontaires et il nous fallait un panel important de testeurs d’origine asiatique pour ces produits. C’est une très belle expérience que l’on a retenté, il y a deux ans à Montréal pour être plus proche des grands donneurs d’ordre nord américain. C’est encore en période d’amorçage, mais la tendance est plutôt sympathique.

Rédigé par Lucie BRASSEUR le Lundi 22 Mars 2010 à 09:55