Le Blog de la Rédac
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Retour sur un parcours peu commun : d’Ingré à Priceminister, il n’y avait qu’un pas


Crédit  photo : JEAN-PIERRE MULLER  / AFP
Crédit photo : JEAN-PIERRE MULLER / AFP
Twideco : Pierre Kosciusko-Morizet, nous parlons beaucoup de ce que vous faites aujourd’hui mais nous savons moins d’où vous venez. Il me semble que quand on veut comprendre une personne, il est important de savoir d’où cette personne vient. Alors, quel a été votre parcours ?

PKM : Je suis né à Ingré tout près d’Orléans mais n’y ai vécu que deux ans. Mon père était directeur de l'équipement. J’ai grandi à Sèvres où j’ai vécu le reste du temps. Maintenant, je vis à Paris et mes parents habitent toujours Sèvres. Je suis parti de chez moi pour aller à HEC à Jouy-en-Josas. J’y ai passé deux années plutôt agréables, riches de vie associative, puis je suis parti en Inde, où j’ai travaillé dans une léproserie. J’étais au BDE. Ce fut une expérience plus personnelle que professionnelle et c’est pourquoi je suis reparti à l’étranger, six mois en Allemagne, puis huit mois au Vietnam où j’ai rejoint un Français qui venait de monter sa société ADEN.

Twideco : Cela fait beaucoup de voyages dans votre vie, l’Inde, l’Allemagne, le Vietnam…

PKM : J’adore voyager. C'est assez paradoxal car pour Priceminister, je fais assez peu de déplacements professionnels, je voyage surtout pour le loisir. On a ouvert l'Espagne et l'Angleterre depuis Paris. Le Vietnam m’ayant particulièrement marqué, j’ai rejoint quelqu’un qui venait de monter une société à Saïgon et je suis parti dans l’objectif de développer sa filiale à Hanoï. C’est là que j’ai vraiment ressenti l’envie de monter une boîte. Quand je suis rentré pour ma dernière année d’HEC, c’était devenu une évidence. J'ai monté une boîte pendant ma dernière année d'HEC. Ma société s’appelait Visualis SA et proposait du conseil en distribution, plus précisément nous comptions les personnes qui entrent et sortent des magasins, des centres commerciaux... Finalement, cela n’a pas fonctionné, j’ai eu un problème avec mon fournisseur de technologies et ai donc fermé au bout d’un an, juste à la fin de mon année.

Twideco: C’était une vraie société ou une jeune entreprise montée dans le cadre de vos études ?

PKM : Au départ, c’était un projet, puis c’est devenu une vraie société. A HEC Entrepreneurs, nous devions monter des projets courts de simulation de créations d’entreprises, de cas de redressements, etc. En fait c'est de la simulation réelle car on fait comme si on montait la boîte mais en général on ne la monte pas. Mais, moi je l'ai montée! J’avais dix actionnaires, nous avons investi 40 000 euros. C’était une société anonyme à conseil d’administration, et puis nous avons commencé à avoir des clients. Malheureusement, j’ai eu ce problème qui m’a obligé à arrêter. Cela été une vraie aventure entrepreneuriale courte, un vrai échec mais dont j’ai beaucoup appris.

Twideco: C’est votre pire échec ?

PKM : Si je regarde ma vie professionnelle de A à Z, c’est clairement mon plus gros échec. Mais sans cet échec-là, qui sait si j’aurais lancé Priceminister après.

Twideco: Combien de temps après cette première aventure avez-vous créé Priceminister ?

PKM : 1 an après. J’ai monté Visualis en 1998, été diplômé d’HEC en juin 1999 et ai fermé Visualis en août 1999 pour finalement créer Priceminister en Juillet 2000. Entre-temps je suis parti aux Etats-Unis. J’avais rejoint CapitalOne justement dans l’optique de passer du temps aux USA mais en Juillet 2000, j’ai démissionné pour rentrer en France et monter Priceminister. Puis tout s’est enchaîné et l’aventure se poursuit aujourd’hui. Après la première création d'entreprise, j'avais envie d'en recréer une autre mais je n'avais pas d'idée. Je pense que quand on a envie de monter des boîtes, on a du mal à faire des pauses trop longues.

Twideco: Ce projet de création, vous l’avez travaillé seul ou vous étiez plusieurs ?

PKM : Après la création de ma première entreprise, j’ai voulu en créer une autre très rapidement. Je pense que lorsque l’on a la veine entrepreneuriale, une pause très longue en tant que salarié est très difficile à vivre. Pour moi, un an chez CapitalOne, dans un groupe, c’était déjà très long. Je voulais recréer depuis début 2000 sans avoir vraiment d’idée précise. En juillet, l’idée de Priceminister m’est enfin venue. Deux semaines après, je suis rentré en France et nous avons créé la société début août : fin août, nous étions neuf et fin septembre, nous étions quinze. J’ai décidé de monter ma société avant d’avoir des associés. C’était une décision personnelle. En revanche, simultanément, j’en ai parlé autour de moi en disant « Je monte une boîte, est-ce que tu veux me rejoindre ? », ce qui est très différent de « J’ai une idée, qu’est-ce que tu en penses ? ». J’ai partagé le capital avec quatre associés et sur les cinq de départ, nous sommes toujours quatre à diriger aujourd’hui. Tout cela s’est fait en un mois, le mois d’août 2000, et en septembre, nous avons levé cinq millions de francs pour démarrer, soit 700 000 euros.

Twideco: Deux mois après l’ouverture ?

PKM : A peine. Le 11 août, c’est le jour où Pierre Krings démissionne de CapitalOne, et le jour également où Nathalie Maurin, le 3ème associé de Priceminister, quitte la banque Lazard. Cela représente un peu le jour de la création de la société pour nous. Le lendemain, nous rencontrons le directeur technique, Justin Ziegler, puis Olivier Mathiot que je connaissais déjà. Dès ce moment-là, l’équipe était presque complète. Nous avons rédigé le business plan courant août, fini de le rédiger le 20 août et les promesses d’investissements sont arrivées le 15 septembre. Nous avions donc les fonds en trois semaines. Il faut savoir que nous allions voir les potentiels investisseurs en leur disant « voilà notre projet, il y a une opportunité, soit vous investissez, soit vous n’investissez pas, mais si vous investissez, c’est dans trois semaines. Nous avons déjà beaucoup de personnes intéressées, donc réfléchissez vite ! » Et cela a fonctionné. L’argent est arrivé sur le compte mi-octobre et le site a ouvert le 16 janvier 2001. Il y a eu quatre mois de développement technique puis une phase de six mois où il ne s’est pas passé grand-chose. La popularité du site a grandi et dès juillet 2001, nous avons progressé de 30% d’un mois sur l’autre. Ceci nous a permis d’atteindre enfin la rentabilité en 2002. Je dis “enfin” car nous avons connu quelques moments très durs durant le deuxième trimestre 2001. Nous n’avions pas encore fait décoller notre croissance ni beaucoup d’argent pour subvenir aux salaires, loyer, ect… Bref, la sauce a pris et nous avons fait une nouvelle levée de fonds début 2002 qui a été sursouscrite x3, puis une autre en 2005. A cette occasion là, nous avons levé 11 millions d’euros dans l’optique claire d’effectuer des acquisitions à l’étranger. Cela a vraiment représenté un cap pour nous.

Twideco: En tout, combien avez-vous effectué de levées de fonds ?

PKM : Quatre. Septembre 2000, juin 2001, janvier 2002, et début 2005. Pour les trois premières, nous avons fait appel à des business angels, des particuliers. En 2005, c’était différent. Nous étions rentables et même si nous n’étions encore qu’une petite boîte, ces fonds d’investissements arrivaient presque en capital développement pour l’international et les acquisitions.

Twideco : Une petite boîte qui avait déjà, en un seul mois, 15 salariés… Aujourd’hui, combien en comptez-vous ?

PKM : Aujourd’hui, nous sommes 200 mais il faut savoir qu’avec deux millions de visites par jour sur le site, 10 000 personnes vivent actuellement de leurs ventes. C’est une des beautés de l’internet, avec la technologie, on arrive à démultiplier plein de choses.

Twideco : J’ai rencontré Philippe Hayat récemment. Il dit que l’entrepreneur naît entrepreneur. Est-ce que, comme lui, vous avez vécu votre première expérience entrepreneuriale étant enfant ou bien s’est-elle faite au cours de votre formation HEC ?

PKM : J’aime beaucoup Philippe, on se connaît très bien, mais je ne suis pas du tout d’accord avec lui. Je ne pense pas que l’on naisse entrepreneur et heureusement, car sinon, cela voudrait dire que certaines personnes, malheureusement non nées entrepreneur, ne pourraient pas vivre leur passion. Selon moi, tout le monde peut l’être. Il y a des déclics qui font que l’on bascule et je pense que l’on bascule de manière assez définitive. Personnellement, j’ai des parents fonctionnaires donc on ne peut pas dire que cela a été génétique contrairement à Philippe qui a eu la chance d’être éduqué dans une culture familiale entrepreneuriale. Moi, j’ai eu une envie de liberté, de choisir les gens avec qui je voulais travailler, une envie de me sentir utile et cela a été mon déclic. Beaucoup d’entrepreneurs autour de moi ont eu leur déclic vers 40-45 ans à la suite d’un licenciement. Evidement, il y a aussi le modèle du jeune gars de 25 ans qui a pris son bâton de pèlerin et a voulu conquérir le monde, c’est tout de même plus enthousiaste comme histoire. Bref, selon moi, il n’y a pas d’âge ni de milieu défini pour la création d’entreprise. D’ailleurs, Philippe est sûrement d’accord avec moi sur ce point là, l’entrepreneuriat est aussi comme une graine que l’on peut planter. Philippe Hayat a monté 100 000 entrepreneurs, association dont je fais partie et qui contribue à développer en France le goût et le courage d’entreprendre au travers d’actions diverses. Nous envoyons notamment des entrepreneurs dans des collèges et des lycées afin de rendre plus proche et plus compréhensible l’entreprise aux jeunes. Je pense qu’en faisant cela, nous favorisons ce déclic qui n’aurait pu naître en eux que beaucoup plus tard.

Twideco : Quand est-ce que 100.000 entrepreneurs viendra en région Centre ?

PKM : Ah nous n’y sommes pas encore ?

Twideco : Philippe Hayat m’a répondu “Non ce n’est pas encore au programme”.

PKM : Dommage.

Twideco : Quels sont les projets d’avenir de Priceminister ?

PKM : Nous avons quatre axes de travail. Le premier, c’est de toujours prendre plaisir à ce que nous faisons car quand on aime ce que l’on fait, on le fait mieux. Je crois beaucoup à cette notion de plaisir et je l’applique à tout le monde, que ce soit aux fondateurs, aux dirigeants, aux actionnaires ainsi qu’à toutes les équipes évidemment. Les trois autres axes sont plus orientés business. Nous voulons tout d’abord devenir le leader français de l’E-commerce, nous voulons aider nos filiales comme l’Espagne et l’Angleterre à devenir leader de leur marché et nous voulons développer et assurer la stabilité de nos filiales en France, Voyagermoinscher.com, et Avendrealouer.fr.

Twideco : Priceminister Espagne ou Angleterre sont donc des filiales ?

PKM : Oui, l’objectif est que l’on devienne également leader dans les autres pays où nous sommes implantés, comme l’Espagne et l’Angleterre. Puis, évidement, nous continuerons nos conquêtes territoriales dans le but d’être dans 2-3 voire 5 ans un des leaders de l’E-commerce en Europe. Actuellement, Priceminister est majoritairement français or nous avons une vraie ambition internationale. Nous voulons que l’international pèse plus que la France à terme.

Twideco : Comment voyez-vous l’avenir concernant vos filiales françaises ?

PKM : Nous avons racheté plusieurs sociétés ; Voyagermoinscher.com et Avendrealouer.fr entre autres. L’idée est toujours de rester ou de devenir leader du marché en question. Voyagermoinscher.com est actuellement le leader de la comparaison de prix de voyages en France et nous comptons bien consolider cette place-là avant de développer le concept à l’étranger. Avendrealouer.fr n’est pas encore le leader de l’immobilier français mais c’est notre objectif. En 2010, que ce soit en France ou ailleurs, Priceminister et ses filiales tenteront de devenir leader.

Twideco : J’ai lu que vous consacriez 20% de votre temps, c'est-à-dire une journée par semaine aux médias. La communication, c’est important pour vous ?

PKM : Cela prend en effet énormément de temps, que ce soit le temps réel de l’interview mais également le temps passé à le préparer. Néanmoins, je pense que c’est une tâche primordiale du chef d’entreprise, et de lui seul, car il est le représentant de l’entreprise. L’image et la marque d’une entreprise se dessinent essentiellement à travers l’expérience client, le bouche à oreille, le marketing, mais également, au travers des médias et de la communication. Ce sont des relais de développement, de notoriété et d’image, essentiels et donc j’y passe du temps.

Twideco : Est-ce une activité à laquelle vous prenez du plaisir ?

PKM : Oui, beaucoup. C’est agréable de parler de sa société. Je suis très fier de ce que l’on réalise chaque jour et j’aime en parler. De plus, nous avons la chance d’être assez bien traités par la presse. Nous ne vendons pas de cigarettes, nous ne faisons pas de contrefaçon, nous luttons contre. Nous faisons partie d’un modèle économique qui globalement rend service aux gens et qui n’est pas attaquable éthiquement nous connaissons avec les journalistes des interactions plus positives que négatives. Donc, oui, c’est une activité à laquelle je prends du plaisir.

Twideco : Il y a environ un an, lors d’une interview avec E. Chevrillon sur BFM radio, vous clôturiez sur l’avenir des médias et notamment sur la TV sur internet. Vous disiez surveiller cela de très près. Qu’en est-il aujourd’hui ?

PKM : On le dit depuis 10 ans, mais aujourd’hui la télévision sur le net devient réalité. Ces derniers temps, les supports ne cessent de muter. J’ai l’impression que la télévision empiète sur le mobile et sur l’internet, que l’internet empiète sur le mobile, que la téléphonie empiète sur internet… Bref, tout devient possible et nous vivons une réelle mutation des moyens de communication. Nous savons que, dans quelques mois ou années, l’écran de télévision qui trône actuellement dans la plupart des salons des ménages français mais également internationaux, ne sera plus appelé « écran de télévision ». Ce sera un écran petit ou grand, avec ou sans projecteur, avec ou sans home cinéma, mais la distinction entre télévision et internet ne se fera plus. C’est d’ailleurs pour cela que je ne suis pas optimiste concernant l’avenir des télévisions dites commerciales, qui vivent de la publicité. A mon avis, le grand public va de plus en plus se tourner vers des émissions à la carte sans regarder la publicité. C’est un vaste mais très passionnant sujet cette évolution de la consommation des médias.

Twideco: Alors, si les gens ne regardent pas la pub ni avant ni après, comment finance-t-on le système ? Quel est selon vous le business modèle de la télévision de demain ?

PKM : J’aimerais le savoir. La télévision a énormément changé et je le comprends. Elle doit faire face à d’énormes coûts de production qu’elle tente par tous les moyens de réduire. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous allons plutôt vers un appauvrissement des contenus, qui sont déjà à mon sens très pauvres. Quand j’étais petit, j’aimais beaucoup regarder la télévision car il y avait un film quasiment tous les soirs. Aujourd’hui il y a des séries américaines, de la tv réalité mais hormis le dimanche, et encore pas toujours, il n’y a plus de films. L’avenir de la télévision est dans son contenu.

Twideco : La télévision ne devrait-elle pas évoluer vers un modèle comme celui de la radio qui comporte peu de moyens techniques, et donc financiers, et se focaliser sur le fond ?

PKM : A mon sens, c’est en effet sa seule chance de survie. Que ce soit du fond, que ce soit de l’instantané consommé comme du flux, il faut qu’elle change de modèle. Actuellement, les radios qui fonctionnent, sont celles qui proposent des programmes de format talk et information un peu brute et directe. A contrario, je pense que les radios musicales ne seront plus écoutées dans 5 ans. En effet, tout le monde aura sa play liste pour choisir les titres comme il le souhaite et cela sans publicités. J’avoue que je serais très embêté si je devais diriger une radio musicale aujourd’hui. Je pense que c’est un business qui va évoluer de manière « dramatique » comme disent les anglais, à prendre dans le sens de « beaucoup ».

Lucie BRASSEUR

Rédigé par Lucie BRASSEUR le Lundi 8 Février 2010 à 07:00