Le Blog de la Rédac
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On dit souvent d’un entrepreneur, d’un dirigeant, qu’il est un visionnaire. En tout cas, quand il l’est vraiment, on salue sa vision, quand il n’en n’a pas il aura tout intérêt à travailler avec ses associés, ses conseils, son coach, sur la définition de sa vision à court, moyen ou long terme.


L’innovation comme outil de management (n°2 - 22 Mars 2010)
Cette notion temporelle, implique tout de suite une remarque, la question du terme a beaucoup évolué au cours des dix dernières années, désormais, quand on parle de court terme on pense en semaines, de moyen terme en mois et de long terme en une poignée d’années, moins de 5, c’est certain. Saluons donc la vision des entrepreneurs, qui, parfois créent eux-mêmes leurs procédés ou services innovants, ou s’appuient sur des professionnels, chercheurs, ingénieurs pour mettre au point dans le réel, une idée floue, parfois précise mais toujours à l’état d’esquisse. Une fois le prototype créé, - ce terme peut également s’appliquer aux services immatériels puisque le prototype dans les services serait presque un process, un procédé voire une méthode. Une fois donc, le prototype mis en place, reste à trouver l’équipe qui le fera vivre au jour le jour. Si le dirigeant est un visionnaire, un créateur, un développeur, il y a fort à parier qu’il aura besoin de nouveautés constantes, de mettre en actes des idées, et donc de trouver l’équipe la plus adéquate pour faire vivre le prototype dès lors la phase d’industrialisation passée. Le dirigeant visionnaire ira certainement jusqu’à ce stade, qui représente un véritable challenge, plus loin, nous pouvons en douter, car dès lors que l’adrénaline du défi est passée, il ne trouve plus d’essence à mettre dans son moteur. Ou plutôt si, une nouvelle idée à mettre en place. Mais revenons au titre de cet édito, ou papier d’opinion, l’innovation est-elle un outil de management ? Difficile à dire. Dans l’absolu, il semblerait que oui, que le lancement de nouveaux projets soit l’occasion de créer une forte cohésion de l’équipe, et donc de susciter les envies, les motivations, les énergies des collaborateurs. N’est-ce pas cela manager ? Susciter l’envie et le dépassement de soi pour ses équipes. C’est ce que je croyais, mais si ma réponse première à cette question reste dubitative c’est que depuis quelques semaines, j’écoute et échange avec des dirigeants (entrepreneurs ou directeurs de services) qui me racontent leurs aventures managériales. Il semblerait qu’il existe plusieurs profils de collaborateurs : ceux qui disent que l’innovation est un moteur mais qui dans les faits prouvent que ça les gonflent, ceux pour qui l’innovation génère une énergie insoupçonnée, ceux pour qui l’innovation est tout simplement un problème pour leur organisation, leurs habitudes, leur train-train et ceux pour qui l’innovation n’est même pas perçue, leur travail ne doit pas en être perturbé, d’ailleurs c’est tout juste s’ils voient que quelque chose a changé.

Ainsi, dire si innover c’est créer est une vaste question. Innover c’est créer de la valeur ajoutée, dès lors que ses collaborateurs appartiennent à la deuxième catégorie, sinon, innover, même s’il s’agit d’une source de solvabilité pour l’entreprise, d’une perche de croissance significative, rendant, par exemple, leurs emplois pérennes, voire créer d’autres emplois à terme, peut rapidement devenir source de décadence pour l’entreprise. Comment concilier innovation, on le dit depuis le début de la crise économique, « innovez, formez, voilà les deux clefs pour sortir grandis de la crise ! », dont l’objectif n’est pas que de faire plaisir aux aspirations nouvelles d’un dirigeant visionnaire, mais aussi et surtout la solution pour faire grandir son projet initial – parfois pour éviter qu’il ne prenne définitivement l’eau – et volontés personnelles des collaborateurs. On parle bien d’humain, ces pages mettent en valeur l’individualité des dirigeants de la région Centre, les luttes qu’ils ont menées pour parvenir à rendre concrètes leurs idées, leurs valeurs, leurs moteurs... On parle toujours d’humain. « Mettre l’économie au service de l’homme » Avec plaisir, messieurs dames, mais comment concilier travail et volontés individuelles. Dans une conférence sur le sens du travail, du bonheur et de la motivation, donnée le 11 février 2009 pour le club APM de Saint Benoît sur Loire, André Comte-Sponville expliquait, que les salariés ne cherchent pas le travail mais le bonheur, quand l’entreprise cherche les profits. André Comte Sponville citait Aristote « le travail tend au repos et non le repos au travail », cette citation va à l’encontre de l’idéologie spontanée de ceux qui croient que l’on se repose pour mieux travailler (les dirigeants visionnaires ?). Les salariés, les collaborateurs donc sans qui, il est difficile de garder de manière durable une idée en vie, le savent bien, on travaille pour pouvoir se reposer. Avec les lois Aubry, le travail a perdu sa valeur morale, encore faut-il qu’il en ait eu une un jour, puisque toute valeur morale n’a pas de prix, donc le travail n’est pas une valeur morale. Alors si le travail n’est pas une valeur morale, il n’est pas une fin en soi, donc il doit avoir du sens. L’innovation donnerait-elle du sens au travail des collaborateurs ? Quelques citations « Tout homme veut être heureux » Pascal, « la chasse au bonheur est ouverte tous les matins » Stendhal. Selon Compte-Sponville, pour motiver ses collaborateurs, il faut agir non pas sur l’intelligence mais sur leurs désirs. Selon lui, le chef d’entreprise et le manager sont des professionnels du désir de l’autre. Il faudrait donc pour que l’innovation deviennent un moteur managérial, être certain que 1/ la démarcher innovante corresponde aux attentes des collaborateurs ou 2/ qu’elle s’inscrive dans une démarche qui leur plaise directement à eux... la question de l’innovation comme outil de management devient cornélienne, mais si l’humain ne l’était pas, on n’écrirait pas des tragédies depuis l’antiquité...

Rédigé par Lucie BRASSEUR le Lundi 22 Mars 2010 à 09:00