Le Blog de la Rédac
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Originaire du Togo, Guy AMEGEE est l’heureux propriétaire de plusieurs magasins Optic 2000 qui permettent à ce créateur d’afficher très largement sa démarche commerciale. Optic 2000, c’est aujourd’hui une enseigne très porteuse puisqu’elle est numéro 1 sur le marché de l’optique.


Guy AMEGEE : Pdg Optic 2000 Orléans Sud, Optic 2000 Amégée, Egée Optique (n°1 - 8 Mars 2010)
Twideco : Pouvez-vous revenir sur votre parcours en quelques phrases ?
Guy AMEGEE : Après mon bac scientifique, je me suis tourné vers le monde de l’optique. Je suis passé par la faculté de biologie pendant un an avant de préciser mes souhaits d’avenir et de préparer mon BTS d’optique. Ces deux ans m’ont permis ensuite de travailler chez des opticiens parisiens et creusois. En 1995, j’ai créé mon premier magasin d’optique. Etant jeune et n’ayant pas beaucoup de finances, j’ai choisi de m’appuyer sur une enseigne forte et c’est ainsi que j’ai intégré le réseau Optic 2000. Nous sommes tous des opticiens associés qui fonctionnons quasiment indépendamment les uns des autres mais sous la même enseigne.

Twideco : Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?
Guy AMEGEE : Etudiant, pour arriver à quelque chose, j’ai cherché un métier qui ne connaisse pas le chômage, qui soit intéressant mais également lucratif. Je voulais que ce soit un métier d’échanges car j’avais déjà la fibre commerçante et commerciale en moi.

Twideco : Quelles sont vos origines sociales ?
Guy AMEGEE : Mon père est vétérinaire sur Châteaudun depuis que nous sommes arrivés en France. Je suis d’origine Togolaise. Je viens donc de l’Afrique Noire.

Twideco : Au cours de votre vie professionnelle ainsi qu’au moment de la création de votre société, votre couleur de peau vous a-t-elle été préjudiciable ?
Guy AMEGEE : Au départ, oui. Ma couleur de peau a été une faiblesse mais c’est également une force. Quand j’ai décidé de monter ma boîte, je ne voulais surtout pas ouvrir une enseigne de…, mais plutôt mon propre magasin, Amégée Optique. Malheureusement, j’ai senti des blocages. J’ai connu de nombreux refus de financements même avec un apport. On m’a fait sentir que je ne correspondais pas à « l’entrepreneur type », que l’on ne croyait pas en moi, ni en ma réussite. Et tout cela, à cause de ma couleur de peau. Il m’a donc fallu passer par une enseigne nationale qui, elle, m’a permis me montrer ma valeur. Depuis, c’est l’effet inverse qui se produit. Le bouche à oreille fonctionne bien et une fois que les retours sont positifs, ils permettent de monter très vite. Combien de fois j’entends dire de moi : « Tiens, c’est le noir qui m’a vendu ces lunettes… Il est très bien ».

Twideco : Vous a-t-on déjà déconseillé de poursuivre votre voie à cause de vos origines ?

Guy AMEGEE : Mon père nous a appris très tôt les choses de la vie. Sachant que l’on est d’origine étrangère, il nous a expliqué qu’il serait beaucoup plus difficile d’y arriver que les autres. Le seul moyen de réussir serait donc de travailler deux fois plus car pour les mêmes compétences, nous serions toujours dévalorisés par rapport à un blanc. C’est la règle et c’est ce que j’apprends à ma fille.

Twideco : Pensez-vous que les personnes de couleurs soient moins bien prises au sérieux que les autres dans le monde des affaires ?
Guy AMEGEE : Quand je suis arrivé dans le monde de l’optique, on m’a pris pour un rigolo. Personnellement, à partir du moment où l’on ne me prend pas au sérieux, et ce, sans me connaître, ni sans savoir ce que je vaux, je reste tranquillement en dormance à observer et ensuite seulement, je montre ce que je sais faire, sans prétention ni énervement. J’ai donc fait mon petit bonhomme de chemin, sans me vexer. J’ai ouvert un magasin puis un deuxième et maintenant, je suis propriétaire de quatre magasins. Ca, c’est ma revanche.

Twideco : La revanche, ça représente une motivation supplémentaire ?
Guy AMEGEE : Tout à fait. Quand ma fille rentre de l’école en disant « on s’est moqué de moi, on m’a traité de sale noire », je lui dis que c’est l’apprentissage de la vie. Je lui explique que ça va toujours se passer comme cela dans sa vie et que ça lui permet de se forger un mental pour l’avenir. Il faut se battre au quotidien et les portes sont rarement ouvertes. J’ai d’ailleurs une anecdote qui illustre bien cela. J’ai passé, un jour, un entretien téléphonique avec un homme qui allait devenir mon futur patron. L’entretien s’était très bien passé mais il avait dit à sa secrétaire qu’il m’avait trouvé un petit accent. Il voulait me faire venir pour s’assurer que je n’étais pas noir. Non pas qu’il était raciste mais parce que sa clientèle était un peu réticente à la diversité. J’ai fait l’entretien, qui s’est très bien passé, et j’ai été pris mais il a fallu que je sois excellent. C’est pour cela que je dis qu’il faut vraiment être meilleur que les autres pour s’affirmer en tant que minorité ethnique.

Twideco : Comment pensez-vous que les choses pourraient changer ?
Guy AMEGEE : Je souhaite que les mentalités changent mais je ne sais pas si elles le pourront. Quand je vois autour de moi le nombre de jeunes qui cherchent, ne serait-ce qu’un stage, et qui n’en trouvent pas alors qu’ils sont tout aussi compétents que d’autres, je ne suis pas convaincu que les mentalités changeront un jour. Il m’est arrivé d’aller chez le cuisiniste dernièrement pour acheter une cuisine. Le cuisiniste m’a dit : « celle-ci est certainement un peu cher pour vous, allez voir celle là. » Pour les voitures, c’est pareil. Les mentalités et les préjugés ont la vie dure. Hormis se battre pour se faire accepter, je ne vois pas d’autres solutions. Nous ne pouvons pas attendre que les mentalités changent pour avancer, si tant est, qu’elles changent un jour.

Twideco : L’Etat se doit-il d’intervenir sur ces problématiques ?
Guy AMEGEE : Je ne pense pas que l’Etat doive intervenir. On ne peut pas imposer une loi ni des quotas. C’est à nous de nous affirmer. Je pense que c’est notre rôle, à nous qui avons réussi, de montrer l’exemple à toutes les minorités que l’ont peut y arriver.

Twideco : Comment voyez-vous l’avenir concernant l’entrepreneuriat des minorités ?

Guy AMEGEE : Actuellement, l’entrepreneuriat des minorités se trouve à majorité dans les domaines du nettoyage ou du gardiennage, domaines en équilibres très précaires. Une entreprise ouvre chaque jour et deux ferment le lendemain. Beaucoup de personnes issues des minorités souhaitent entreprendre et ce, dans le but de sortir de la précarité en créant leur propre emploi. Mais ce n’est pas donner à tout le monde d’entreprendre, comme on veut nous le faire croire. Tout le monde en est, certes, capable, mais pour cela il faut se former. La création d’entreprise, la fiscalité, le droit, etc.… ça s’apprend. Dans ce sens, je me sens vraiment une mission de donner l’exemple. Je me suis formé, j’ai eu le culot de m’affirmer en tant que tel et enfin, j’ai accepté de m’intégrer et de me mélanger. Dans mes agences, je ne pratique pas l’exclusion que j’ai connue. J’ai deux asiatiques, deux magrébins, cinq blancs, et un autre noir. Je ne fais pas de différences et je pense que c’est la clé de la réussite de l’avenir de l’entrepreneuriat des minorités.

Twideco : Quelques mots sur la situation actuelle de vos agences ?
J’ai démarré sur le magasin de la Source il y a 15 ans. Ensuite, j’en ai créé un deuxième que j’ai localisé à St Jean le Blanc. Le seul magasin que j’ai eu à racheter est un magasin qui se situe dans le centre Leclerc à Olivet. Enfin, il y a 4 mois, nous avons ouvert un magasin, en association avec mon frère, dans la zone de St-Pryvé Candolle. Il démarre très bien.

Twideco : Quelles sont vos perspectives pour 2010 ?
Il y a des projets en cours mais ils sont encore un peu confidentiels. Rappelez-moi dans six mois et je devrais avoir de bonnes nouvelles à vous donner.

Twideco : Sur quels axes stratégiques travaillez-vous ?
Nous travaillons le cœur du marché, nous ne sommes ni trop haut de gamme ni trop bas de gamme. Nous sommes assez populaires aujourd’hui car nous communiquons beaucoup avec Johnny Hallyday. Concernant mes magasins, les Amégées, j’ai axé notre démarche vers les comités d’entreprises. Nous sommes quasiment les seuls opticiens de la zone à nous déplacer d’entreprises en entreprises pour proposer des partenariats avec les entreprises. Il nous arrive également de faire des dépistages visuels lors de nos visites. C’est très simple : nous contrôlons s’il y a un besoin ou pas de lunettes. Et si besoin il y a, nous envoyons la personne chez l’ophtalmologue.
Nous avons également une sensibilité à l’humanitaire. Nous récupérons les anciennes lunettes, en boutique et en entreprise, des possesseurs-porteurs de lunettes pour les envoyer dans le tiers monde. Il arrive même que l’on se déplace nous-mêmes pour aller équiper des enfants ou des adultes dans le Tiers-monde, au Burkina Faso en particulier. Nous faisons cela dans le cadre de l’association Jérémie qui fonctionne avec Optic 2000.

Rédigé par Lucie BRASSEUR le Lundi 8 Mars 2010 à 09:22