Le Blog de la Rédac

Le blog de la rédac

Voter ou ne pas voter : That Is The Question

En 1944, le droit de vote était accordé aux femmes, après des décennies durant lesquelles les parlementaires, ces messieurs très sérieux, ont passé des heures dans les cabinets des gouvernements successifs et/ou dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale pour savoir si oui ou non, les femmes avaient les compétences intellectuelles et la hauteur de vue sur le monde suffisantes pour mettre un bulletin dans l’urne qui, directement ou indirectement, aurait décidé du sort de la nation, des orientations budgétaires et des choix stratégiques à prendre. Or, ce n’est qu’après deux guerres mondiales durant lesquelles, les femmes ont assumé l’intégralité de la gestion du pays, qu’elles ont obtenu, enfin, le droit de vote. Il aura donc fallu attendre 1945 pour que le premier bulletin dans l’urne soit glissé par la femme française. Les suffragettes, les féministes ont depuis pris des rides, elles sont désormais nos mères ou nos grands-mères et si elles ont souvent des cheveux blancs il semblerait que leur combat en ait pris aussi : le taux d’abstention des femmes a été supérieur à 60% lors du dernier scrutin. On est en droit de se poser des questions. Le vote n’a-t-il plus la valeur d’antan ?
La vraie question est là, la population française semble se désintéresser de la politique, chaque élection est l’occasion de s’étonner des taux records d’abstention, de constater que le citoyen ne trouve plus de sens aux élections.
Quand les taux d’abstention s’affichent sur les écrans, mon sens se glace. Les résultats désormais comptent peu. Dès lors que le peuple ne s’intéresse que de manière très tiède aux suffrages, on est en droit de se demander s’il s’agit vraiment d’une victoire démocratique. Suis-je influencée par les luttes des femmes de ma famille, les exils successifs liés aux différents régimes totalitaires qui ont asphyxié l’Europe puis l’Amérique Latine dans la deuxième moitié du XXème siècle pour que mettre un bulletin dans l’urne me donne à chaque élection des frissons. A chaque rituel électoral, l’isoloir, l’urne, puis « a voté »... j’ai l’impression de vivre un moment de l’Histoire, de contribuer à changer le monde. Je me sens l’une des rares privilégiées en ce monde du 3ème millénaire où les régimes totalitaires et autocrates, idéologiques ou religieux prohibant le vote ont encore une large part du gâteau planétaire.
En 1793, quand Olympe de Gouge est morte guillotinée alors qu’elle avait hurlé que si les femmes pouvaient monter à l’échafaud elle devaient être en droit de monter à la Tribune, je me dis que mes valeurs républicaines, égalitaires, solidaires, fraternelles, et surtout libertaires sont des mots devenus coquilles vides. Ces taux d’abstention records m’inquiètent, la presse explique que les Français se sentent éloignés des organisations politiques, qu’ils ont l’impression que chacun place son copain sur des postes clefs, sans pour autant en avoir les compétences, que les politiques de tous bords, sont tous les mêmes... Alors que faire pour redonner envie au pays de s’exprimer, d’user de son droit d’expression premier, pour redorer le blason de la liberté de vote ? Je n’ai pas la réponse, mais ces taux qui, à chaque élection continuent de battre des records me dépriment toujours davantage... Liberté, démocratie,... à force de se taire, la France deviendra-t-elle un pays muet ? Un jour, la rue aussi sera fermée et la liberté d’expression disparaîtra, le régime démocratique inventé dans l’Antiquité et que l’on nous reproche de vouloir imposer au Monde, disparaîtra aussi. Ce sera la victoire de l’autoritarisme sur la liberté. Aux urnes, aux urnes, prenez la parole, exprimez-vous... s’il vous plaît, l’avenir de nos enfants, de nos petits-enfants, des générations à venir, du monde en dépend.
Rédigé par Lucie BRASSEUR le Mercredi 7 Avril 2010 à 20:16

On dit souvent d’un entrepreneur, d’un dirigeant, qu’il est un visionnaire. En tout cas, quand il l’est vraiment, on salue sa vision, quand il n’en n’a pas il aura tout intérêt à travailler avec ses associés, ses conseils, son coach, sur la définition de sa vision à court, moyen ou long terme.


L’innovation comme outil de management (n°2 - 22 Mars 2010)
Cette notion temporelle, implique tout de suite une remarque, la question du terme a beaucoup évolué au cours des dix dernières années, désormais, quand on parle de court terme on pense en semaines, de moyen terme en mois et de long terme en une poignée d’années, moins de 5, c’est certain. Saluons donc la vision des entrepreneurs, qui, parfois créent eux-mêmes leurs procédés ou services innovants, ou s’appuient sur des professionnels, chercheurs, ingénieurs pour mettre au point dans le réel, une idée floue, parfois précise mais toujours à l’état d’esquisse. Une fois le prototype créé, - ce terme peut également s’appliquer aux services immatériels puisque le prototype dans les services serait presque un process, un procédé voire une méthode. Une fois donc, le prototype mis en place, reste à trouver l’équipe qui le fera vivre au jour le jour. Si le dirigeant est un visionnaire, un créateur, un développeur, il y a fort à parier qu’il aura besoin de nouveautés constantes, de mettre en actes des idées, et donc de trouver l’équipe la plus adéquate pour faire vivre le prototype dès lors la phase d’industrialisation passée. Le dirigeant visionnaire ira certainement jusqu’à ce stade, qui représente un véritable challenge, plus loin, nous pouvons en douter, car dès lors que l’adrénaline du défi est passée, il ne trouve plus d’essence à mettre dans son moteur. Ou plutôt si, une nouvelle idée à mettre en place. Mais revenons au titre de cet édito, ou papier d’opinion, l’innovation est-elle un outil de management ? Difficile à dire. Dans l’absolu, il semblerait que oui, que le lancement de nouveaux projets soit l’occasion de créer une forte cohésion de l’équipe, et donc de susciter les envies, les motivations, les énergies des collaborateurs. N’est-ce pas cela manager ? Susciter l’envie et le dépassement de soi pour ses équipes. C’est ce que je croyais, mais si ma réponse première à cette question reste dubitative c’est que depuis quelques semaines, j’écoute et échange avec des dirigeants (entrepreneurs ou directeurs de services) qui me racontent leurs aventures managériales. Il semblerait qu’il existe plusieurs profils de collaborateurs : ceux qui disent que l’innovation est un moteur mais qui dans les faits prouvent que ça les gonflent, ceux pour qui l’innovation génère une énergie insoupçonnée, ceux pour qui l’innovation est tout simplement un problème pour leur organisation, leurs habitudes, leur train-train et ceux pour qui l’innovation n’est même pas perçue, leur travail ne doit pas en être perturbé, d’ailleurs c’est tout juste s’ils voient que quelque chose a changé.

Ainsi, dire si innover c’est créer est une vaste question. Innover c’est créer de la valeur ajoutée, dès lors que ses collaborateurs appartiennent à la deuxième catégorie, sinon, innover, même s’il s’agit d’une source de solvabilité pour l’entreprise, d’une perche de croissance significative, rendant, par exemple, leurs emplois pérennes, voire créer d’autres emplois à terme, peut rapidement devenir source de décadence pour l’entreprise. Comment concilier innovation, on le dit depuis le début de la crise économique, « innovez, formez, voilà les deux clefs pour sortir grandis de la crise ! », dont l’objectif n’est pas que de faire plaisir aux aspirations nouvelles d’un dirigeant visionnaire, mais aussi et surtout la solution pour faire grandir son projet initial – parfois pour éviter qu’il ne prenne définitivement l’eau – et volontés personnelles des collaborateurs. On parle bien d’humain, ces pages mettent en valeur l’individualité des dirigeants de la région Centre, les luttes qu’ils ont menées pour parvenir à rendre concrètes leurs idées, leurs valeurs, leurs moteurs... On parle toujours d’humain. « Mettre l’économie au service de l’homme » Avec plaisir, messieurs dames, mais comment concilier travail et volontés individuelles. Dans une conférence sur le sens du travail, du bonheur et de la motivation, donnée le 11 février 2009 pour le club APM de Saint Benoît sur Loire, André Comte-Sponville expliquait, que les salariés ne cherchent pas le travail mais le bonheur, quand l’entreprise cherche les profits. André Comte Sponville citait Aristote « le travail tend au repos et non le repos au travail », cette citation va à l’encontre de l’idéologie spontanée de ceux qui croient que l’on se repose pour mieux travailler (les dirigeants visionnaires ?). Les salariés, les collaborateurs donc sans qui, il est difficile de garder de manière durable une idée en vie, le savent bien, on travaille pour pouvoir se reposer. Avec les lois Aubry, le travail a perdu sa valeur morale, encore faut-il qu’il en ait eu une un jour, puisque toute valeur morale n’a pas de prix, donc le travail n’est pas une valeur morale. Alors si le travail n’est pas une valeur morale, il n’est pas une fin en soi, donc il doit avoir du sens. L’innovation donnerait-elle du sens au travail des collaborateurs ? Quelques citations « Tout homme veut être heureux » Pascal, « la chasse au bonheur est ouverte tous les matins » Stendhal. Selon Compte-Sponville, pour motiver ses collaborateurs, il faut agir non pas sur l’intelligence mais sur leurs désirs. Selon lui, le chef d’entreprise et le manager sont des professionnels du désir de l’autre. Il faudrait donc pour que l’innovation deviennent un moteur managérial, être certain que 1/ la démarcher innovante corresponde aux attentes des collaborateurs ou 2/ qu’elle s’inscrive dans une démarche qui leur plaise directement à eux... la question de l’innovation comme outil de management devient cornélienne, mais si l’humain ne l’était pas, on n’écrirait pas des tragédies depuis l’antiquité...
Rédigé par Lucie BRASSEUR le Lundi 22 Mars 2010 à 09:00

Nombreux d’entres vous le savent, Twideco (d’abord TV et désormais également L’hebdo) est ma deuxième création d’entreprise. Vous remarquerez tout de suite le choix sémantique, « deuxième », car quand on n’a attrapé le virus, difficile de s’arrêter. PKM le disait dans le numéro précédent, « quand on a monté une boîte, on a du mal à attendre trop longtemps avant d’en monter d’autres ».


J’ai, comme presque nous tous, entrepreneurs, des idées plein les tiroirs – là encore le choix sémantique n’est pas un hasard, car un tiroir ça s’ouvre, au contraire du carton qui implique que l’on a rangé, voire abandonné, son idée. Je suis un entrepreneur et je suis une femme. La dénomination entrepreneuse, ne me plaît pas beaucoup, je ferais donc le choix du substantif masculin – les deux sont communément acceptés, ce choix est personnel, à mon goût, entrepreneuse implique une connotation avec les ouvrières des maisons dites « de tolérance », et les assimilations des femmes qui réussissent avec cette profession sont déjà suffisamment nombreuses pour ne pas en rajouter une couche. Cependant, encore une fois, c’est un parti pris, le mien, et il n’engage personne d’autre. Des idées, des projets pleins les tiroirs donc, comme tous les entrepreneurs, et pourtant, d’après les statistiques, il semblerait que nous ne soyons que 25% de femmes à diriger les entreprises du pays. Les raisons à ces chiffres si bas ont été maintes fois répétées, on le sait, bien souvent une femme attend d’avoir des enfants pour, peut-être un jour, passer à l’acte. D’autres créent après avoir enfanté, c’est le cas des mom’preneurs dont nous parlons dans l’article de fond « regard... sur » page 3, d’autres ne s’en sentent pas les moyens (financiers et/ou compétences techniques ou physiques – car il faut être sacrément résistant(e) pour partir de zéro et tout imaginer, tout gérer – nous reviendront sur cette question de la résistance, qui, à mon sens, est plus d’ordre psychologique que réel : de la gestion du personnel en passant par les retards de paiements ou encore les clients mécontents, il faut avoir les nerfs solides !). En posant la question à Paulette Picard, en interview centrale « rencontre de la semaine » en pages 8 et 9, de savoir si la comparaison pouvait être faite avec la discrimination raciale aux Etats-Unis dans les années 70, elle m’a répondu que c’était aller un peu loin. Et pourtant, on parle aujourd’hui de mettre en place des quotas : de la discrimination positive, pour que les femmes accèdent aux conseils d’administration ou aux hautes fonctions des entreprises ou de l’administration. On n’en est donc pas si loin. Dans un article paru dans le journal du Dimanche, le JDD daté du 16 janvier 2010, « La France est loin d’être exemplaire avec 8% de femmes dans les conseils des 500 premières entreprises. Pour changer la donne il faut un électrochoc sinon on va faire du surplace", affirme Jean-François Copé. A part Liliane Bettencourt de L’Oréal, quelle femme dirige une entreprise du CAC 40 ?
Intellectuellement il est évidemment dur d’admettre que seule la mise en place de tels quotas pourrait faire avancer les choses, mais au final, s’il s’agit de la seule méthode pour que nous, femmes, acceptions psychologiquement, que nous devons prendre notre place, et que vous, hommes, acceptiez de nous en laisser, quitte à vous effacer... Et bien alors, mettons en place des quotas. Le plus dur est de changer les mentalités, si l’État doit légiférer pour y parvenir, légiférons. Il aura bien fallu une grande guerre pour que nous comprenions que nous étions au moins aussi capables de diriger et de faire tourner un pays, des millions de morts, de jeunes de 18 ans tués dans les tranchées, ce n’est pas moins douloureux que de devoir accepter de mettre en place des quotas. Après avoir fait tourner un pays deux guerres mondiales en moins d’un demi-siècle, - sans compter la guerre de 1870 - ce n’est qu’en 1944, que nous avons enfin obtenu le droit de vote ! L’héritage millénaire que nous portons nous a endurci : enfanter est la chose la plus merveilleuse au monde, c’est ce qui nous donne le pouvoir absolu sur l’humanité, la faire perdurer, et l’événement le plus traumatisant physiquement : quel homme supporterait – malgré les antidouleurs la souffrance d’un accouchement et psychologiquement – quel homme accepterait dans sa chaire d’être un jour deux ? Cette capacité à endurer, à organiser, gérer, écouter, ce sont des héritages de nos mères et de nos grands-mères. Voilà bien la preuve que nous avons les compétences pour diriger, alors prenons les devants. Car si nous ne nous en sentons toujours pas capable, c’est que nous sommes également les héritières de millénaires de machisme, de millénaires où nous avons reçu pour toute instruction des éléments concernant la vie domestique. Nos mères et/ou grands-mères apprenaient à cuisiner et à coudre à l’école quand leurs camarades partaient en cours de sport. Certes, il fallait bien s’assurer de la bonne santé des futurs soldats, mais tout de même...
Laissons nos aînés et revenons à l’aube du troisième millénaire qui nous ouvre ses bras. En matière d’économie, comme de sport, je vous invite à ouvrir les pages de l’Equipe et à compter le nombre de femmes représentées... La problématique est réelle, et les enjeux au quotidien le prouvent. Les hommes affirment que s’ils étaient des femmes, ce serait plus facile de réussir : un petit sourire et le client signe en bas de la page. Parfois, c’est vrai, être une femme est un atout. Mais dans un monde à dominante masculine les jalousies, dès lors que l’on réussit, sont d’autant plus virulentes, les critiques plus acerbes. Nous le savons tous et toutes, pour qu’une femme soit prise au sérieux son charisme, sa détermination et ses compétences doivent être démultipliées. Le dirigeant doit être un modèle pour la société, pour ses collaborateurs, une femme doit démontrer d’autant plus ses capacités pour que les remarques graveleuses et les dérives assimilées à son sexe ne soient pas des façons détournées de « la remettre à sa place ». Dans l’esprit de nombreux de nos frères masculins, la femme n’est pas encore l’égale de l’homme, les différences de salaire à compétences et postes identiques qui persistent (une moyenne de 22%) en sont la preuve. Différents mais égaux dans l’entrepreneuriat ? Et si demain, la tendance venait à s’inverser ? A quoi ressemblera le monde de nos filles et de nos fils ? A nous, à elles et à eux, de l’inventer. En ce qui me concerne, je travaille sûrement plus dur que beaucoup d’hommes y compris mes amis entrepreneurs et ma réussite, qui suscite certaines jalousies, y compris chez mes confrères de la presse, me touche car elle est injuste (ils n’ont qu’à bosser plus) mais ne me bridera jamais dans l’accomplissement de mes projets. C’est ainsi, que vous avez aujourd’hui entre les mains cet hebdomadaire, et depuis près de deux ans, vos émissions de tv diffusées sur le web... Il fallait être folle pour entreprendre un pareil projet mon capitaine ? Je l’ai été, la suite à m’a donné raison.
Rédigé par Lucie BRASSEUR le Lundi 8 Mars 2010 à 08:00
Quelles relations entretenez-vous avec la Presse? TWIDECO L'HEBDO n°0 - 8/02/2010
Lors de mes premiers échanges avec certains de nos partenaires et amis, j’ai eu l’occasion de leur poser cette question, à quelque chose près, mots pour mots. Il en est ressorti une chose simple, tout dirigeant que nous soyons, nos relations à la presse nationale ou locale est presque une histoire d’amour. Nous avons tous, une émission de radio, un périodique ou un programme audio-visuel qui bouleverse nos angles de vue, nos façons d’aborder la réalité, notre rapport au monde. Dans le désordre, j’ai repertorié des BFM Radio et TV, des France Inter, Culture ou Info, des La Tribune, Les Echos, Le Monde ou bien encore le Figaro. D’une manière plus locale, la PQR reste indétrônable, nous la recevons tous, ou presque, par le courrier pour y glaner des résultats sportifs ou une impression générale de ce qui meut nos environnements proches : ville, département ou région.

Depuis près de deux ans, au sein de la rédaction de TWIDECO TV, nous organisons quotidiennement des émissions de télévision diffusées sur internet, j’ai donc été aux premières loges pour constater quelles sont les relations qu’entretiennent les dirigeants d’entreprise aux médias. Il me semble important de faire la distinction entre média et presse. Le média est l’organe qui met en scène l’information. Il est le bras armé organisant et triant les éléments, l’information. Les faits ne sont que ceux que l’on choisit - nous : journalistes - de mettre en avant. Un exemple récent : le drame en Haïti. Toute la presse s’est ruée sur l’événement. Impossible de ne pas déplorer un tel sinistre écologique, social et surtout humain. Cependant, au même instant, sous nos fenêtres des familles sont expulsées faute d’avoir les moyens de continuer à vivre, des mères nourrissent leurs enfants grâce aux restos du coeur - “l’honneur, disait Pagnol, c’est comme une allumette, ça ne sert qu’une fois” - elles savent bien ce que ça signifie, des dizaines d’exclus meurent de froids, en FRANCE. L’exemple est frappant, ne parlons pas des pluies diluviennes qui nettoient des pans entiers des bidonvilles à chaque saison de pluie, dans tous les pays “en voie de développement” du monde : Amérique Latine, Afrique, Asie. Ne parlons pas non plus des enfants qui continuent de fabriquer nos chaussures - et ordinateurs - dans les pays les plus pauvres, ne parlons pas de ces familles lointaines bien que nos frères humains pour paraphraser Albert Cohen qui errent dans le Sahel pour trouver de l’eau, simplement de l’eau. Les médias, dans leur mimétisme pour ne pas dire dans l’inertie informationnelle, nous ressassent les mêmes faits, les mêmes drames humains. A croire qu’outre les fashion week, il existerait les fashion news. A chaque saison son lot d’informations quasi identiques dans tous les médias. C’est un fait : impossible de changer les autres, alors changeons nous-même. Ce sera la première pierre à la construction d’un édifice social différent.

Cela dit, revenons aux dirigeants locaux, à vous, chers lecteurs. Vos lectures, vos attentes en matière de consommation de l’information, à l’heure du tout web (ou presque), il est apparu un événement surprenant - rassurant quand même. Quand d’aucun prédisait la mort du papier, de la télévision ou de la radio, vous avez su faire évoluer vos habitudes d’accès à l’information, en multipliant les canaux, bien que tous continuent de répondre à vos besoins. On ne lit pas le journal comme on regarde la télévision, ni même comme on écoute la radio ou que l’on surfe sur le web, pour regarder une émission de tv ou pour s’informer. A chaque média, son usage, et c’est tant mieux.

Je disais donc, qu’après plus de 300 émissions de télévisions diffusées sur internet, j’ai largement eu l’opportunité d’observer les comportements que vous entretenez avec les médias. Certains, consciemment ou non, adorent le support télé, le contact avec les journalistes en général, même si, souvent, par fausse modestie, ils hésitent quelques minutes à accepter l’invitation, ils sont trop heureux de sentir que l’on s’intéresse à eux. L’ego... Rien de négatif là-dedans. Si tous les dirigeants venaient à refuser de s’exprimer en public, à un micro ou lors d’un entretien avec un journaliste, d’autres le feraient à leur place, et là : catastrophe. Le jour où les dirigeants ne prendront plus la parole, d’autres le feront à leur place et l’adage “les patrons, tous des c...” deviendrait une réalité car on ne trouverait pas de preuve contraire à affirmer. L’égo, l’ambition, la reconnaissance, sont des concepts qui nous animent tous, de près ou de loin, dirigeants, collaborateurs, bénévoles : quand on fait quelque chose, on prend le risque d’être critiqué, mais surtout on aime que ça se sache.

Revenons à la différence entre presse et média. Les médias attirent, intriguent mais font peur aussi. Combien de dirigeants sollicités pour intervenir sur le plateau m’ont dit être terrorisés par les caméras? Combien m’ont dit être refroidis par une expérience douloureuse au cours de laquelle, un confrère aurait déformé ses propos, orientés pour servir une vision politique (au sens propre du terme) du monde? C’est un fait, beaucoup de dirigeants ont peur de ce que peuvent dire les journalistes à leur propos. Sans compter qu’ils sont rares ceux à qui on a donné droit à la parole. Un dirigeant est un homme ou une femme qui prend des risques, mise gros sur la table, vit, respire, est tout entier animé par son entreprise, “sa boîte”. Combien sont ceux qui m’ont simplement dit “vous savez, c’est la première fois pour moi”. Il faut une première fois à tout, et quand on est dirigeant on devrait avoir droit au chapitre beaucoup plus souvent. Cet hebdomadaire, comme la WebTV économique que nous avons créée il y a deux ans, est une tribune libre pour les dirigeants. Car, oui, tout est prétexte à l’économie : le sport, l’industrie, la culture, l’agriculture... Dans notre rapport au monde, tout est occasion à transaction monétaire. Un de mes anciens rédacteurs en chef me disait un jour “avoir des idées c’est bien, mais sans sonnant et trébuchant, tu n’iras pas loin”. Tout est dit.

C’est pour cette raison - l’impératif monétaire impliqué dans toute transaction humaine ou matérielle - que les dirigeants devraient avoir la responsabilité (encore une!) de s’exprimer sur le monde, la société. Un dirigeant d’entreprise voit le monde de manière globale, il sait qu’en créant son activité, il acquiert non seule ent son indépendance mais souvent celle de nombreux autres, qui croient en lui. Être responsable de soi mais surtout d’autres, c’est la chose la plus merveilleuse mais la plus complexe aussi. Ainsi, lorsque l’on crée une société, les banquiers et les réseaux d’accompagnement nous demandent nos CV - il faut bien une preuve du sérieux de celui qui prend de telles responsabilités - , comme si pour devenir parent, on devait passer un test d’aptitude... Mais laissons là nos amis banquiers, c’est un autre débat.

Les dirigeants d’entreprise aiment les médias, ils les consultent comme de précieux outils, leur permettant d’élargir leur vision du monde, d’affiner leurs perceptions, leur offrant la possibilité de développer leur business et donc de créer davantage de valeur humaine (en créant des emplois) ou de valeurs matérielles réinjectées dans le tissu économique, dans la société. Le dirigeant aime son quotidien, son hebdomadaire, son émission de tv, ou de radio, ses sites d’information ou de divertissement mais en même temps, soyons réalistes, les dirigeants nous craignent, nous médias, qui ne devrions être rien de plus que des relais d’information, les aidant à prendre plus justement leurs décisions.


Envoyez vos réactions à :
lucie.brasseur@twideco.com
Rédigé par Lucie BRASSEUR le Lundi 8 Février 2010 à 07:00