Le Blog de la Rédac
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Née le 27 octobre 1967
Au Havre
Mariée, deux enfants


Céline GEMMO : Carrément Bio (n°2 - 22 Mars 2010)
Carrément Bio : une aventure entrepreunariale et humaine à remarquer

Carrément Bio est une boutique de vente et de conseils en cosmétiques, maquillages et compléments nutritionnels entièrement naturels et bios. La boutique, située au numéro 7 de la rue du Vieux Marché à Orléans, a ouvert ses portes en septembre 2009. Actuellement sans salarié, la créatrice, Céline Gemmo, compte bien développer son activité en diversifiant son offre par de nouveaux services. Forte d’une longue expérience dans le domaine des médecines douces, la créatrice possède une sacrée force de caractère et tient absolument à rester indépendante. Non franchisée et ne tenant pas à l’être, elle choisit avec une grande attention ses fournisseurs et les produits qu’elle cautionne. « Je veux le meilleur de chacun d’eux » et par conséquent ne prend pas tout chez l’un ou l’autre. Cet engagement fort est peut-être la clé du succès de son activité qui augmente de mois en mois.

Quelques chiffres clés :
600 références
2000 produits en stock
30 fournisseurs différents
Fichier client de plus de 300 personnes dont 70% de clients réguliers

Date clé : Septembre 2009 : ouverture de la boutique

Contact : 0952595153
Horaires d’ouverture : le mardi de 10h à 19h, le mercredi 12h à 19h et du jeudi au samedi de 10h à 19h, fermé le lundi


Twideco : Pouvez-vous revenir en quelques mots sur votre parcours professionnel ?
Céline GEMMO : J’ai préparé et obtenu un DEUG d’anglais donc, de formation en tout cas, je n’ai rien à voir avec mon domaine actuel. Assez tôt, j’ai eu ma première fille et il m’a fallu rapidement trouver un travail. J’ai occupé différents postes d’assistante de direction bilingue tout en commençant, déjà, à connaître des problèmes de santé. J’ai eu ma deuxième fille, puis je suis tombée malade. J’avais un quotidien horriblement douloureux et l’allopathie, la médecine traditionnelle, était impuissante à soulager ma douleur. C’est alors que je me suis intéressée aux médecines douces. J’ai suivi différentes formations à l’université en aromathérapie, phytothérapie, naturopathie etc., mais elles ne sont malheureusement pas reconnues en France. Elles me servent néanmoins beaucoup dans mon quotidien personnel, d’une part, et maintenant professionnel.

Twideco : Comment en êtes-vous arrivée à cette création d’entreprise ? Représentait-elle une envie depuis toujours ?
Céline GEMMO : Pas vraiment. Vous l’avez compris, mon parcours professionnel est plutôt chaotique. Finalement, mes problèmes de santé en ont toujours fait partie. Il se trouve que lorsque l’on manque régulièrement le travail, il est très difficile de rester dans le circuit. Et puis, comme je suis d’une nature curieuse avec un esprit scientifique et cartésien, je voulais comprendre pourquoi ces méthodes douces marchaient sur moi lorsque la médecine traditionnelle ne pouvait rien pour me soulager. J’ai donc plongé mon nez là-dedans, cela m’a passionné et j’y suis restée… (Rires). Cela a donc commencé de cette façon. Par ailleurs, comme j’étais une fana de cosmétiques, j’en ai profité pour me former en chimie. J’ai alors découvert qu’il y avait beaucoup de choses qui ne me plaisaient pas dans les cosmétiques que j’utilisais. J’en suis donc arrivée à m’intéresser à la cosmétique bio et à faire le tri entre ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, même bio.

Twideco : Finalement, on peut dire que vous avez été amenée à la création d’entreprise « grâce à » votre maladie ?
Céline GEMMO : Exactement. A priori, si je n’avais pas eu mes soucis de santé, je ne me serais pas forcément penchée sur ce domaine-là, je ne me serais pas spécialisée, je n’aurais pas pu aider les autres et donc en venir à créer ma propre structure. C’est, en effet, grâce à ma maladie, qu’aujourd’hui, je suis entrepreneur. De plus, les succès médicaux que j’ai personnellement connus grâce à ces médecines douces m’ont donné énormément de poids et de crédibilité vis-à-vis de mon entourage car ils ont pu mesurer les résultats par eux-même.

Twideco : Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?
Céline GEMMO : J’aime le contact humain et surtout, j’adore conseiller autrui. Il faut savoir que, si j’ai ouvert un fond de commerce, c’est, certes, d’abord pour gagner ma vie, mais, au bout du compte, ce qui me plaît le plus, c’est d’informer et de conseiller les gens. Il me semble juste que plus j’informe, plus ils sauront faire leurs choix et choisir en toute connaissance de cause leurs produits. Par conséquent, plus ils orienteront leurs choix vers le type de produits que je cautionne moins les fabricants mettrons de cochonneries dans ce qu’ils fabriquent. C’est mon credo de base. Avant d’ouvrir la boutique, je faisais déjà du conseil. Mon entourage voyait que cela marchait pour moi, alors on me demandait conseil. De fil en aiguille, je conseillais des personnes assez éloignées de moi, géographiquement parlant, et que je ne connaissais pas forcément. Je commandais des produits pour eux et tout cela de façon purement informelle, bénévole et officieuse. Puis, l’idée m’est venue d’en faire un métier.

Twideco : Vous décidez donc de créer votre activité. Comment cela s’est-il passé ? Votre handicap, ne se voyant pas, a-t-il joué un rôle dans cette création ?
Céline GEMMO : Mon handicap, même invisible, a pleinement joué un rôle dans cette création d’entreprise puisque c’est la première fois que j’ai dû avouer que je suis travailleur handicapé. Je suis en invalidité, en catégorie qui me permettrait de ne pas travailler, depuis très longtemps. Mais il faut savoir que personnellement, ce n’est pas un statut facile à accepter. Moi, je ne voulais pas l’accepter. Aussi, même avec ce statut, je travaillais en tant qu’assistante de direction. Et, après chaque rechute qui m’avait obligé à quitter mon ancien poste, je reprenais un nouveau travail en cachant mon handicap. Mais cela ne dure qu’un temps. Mon mari travaillant pour l’insertion des personnes handicapées, m’a expliqué qu’en tant que travailleur handicapé, j’avais des droits et même, qu’il existait des aides pour la création d’entreprise. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je ne pouvais plus le nier. Je me suis sentie prête à le dire et, par conséquent, à créer mon entreprise. J’ai été soutenue dans mon projet par l’AGEFIPH, dans le cadre de mon statut de travailleur handicapé. Et pour la première fois de ma vie, je l’ai dit.

Twideco : C’est une démarche qui n’est pas évidente, j’imagine. Comment avez-vous vécu cette étape ?
Céline GEMMO : J’ai mis plus de 10 ans à accepter l’idée que je suis travailleur handicapé et invalide. Cela m’a été annoncé à l’âge de 30 ans et j’en ai 42 aujourd’hui (rires). Cette notion est déjà difficile à accepter mais, même si mon handicap est sans commune mesure incomparable à celui d’un handicapé moteur ou un déficient visuel, j’avoue que le fait qu’il soit invisible ajoute à la complexité de la chose. Je me permets de dire cela car je connais personnellement beaucoup de personnes handicapées et nous échangeons beaucoup sur nos expériences de vie. Evidemment qu’il est plus simple de marcher que d’être en fauteuil, la question ne se pose même pas, mais il est vrai que, dans le cas de mon handicap qui est invisible, il existe une étape supplémentaire avec laquelle j’ai dû apprendre à vivre ; le moment où je dois l’annoncer. C’est alors que le regard des gens change, il devient quelques fois comme un reproche que cela ne se voie pas. De plus, le dire, entraîne des questions auxquelles je n’ai pas toujours envie de répondre car cela relève de l’intime, et cela n’est pas toujours forcément bien compris. A partir du moment où cela ne se voit pas, les gens se permettent des questions qu’ils n’oseraient jamais demander à mon ami en fauteuil ou celui qui est déficient visuel. Que j’en dise trop ou pas assez, c’est une réflexion type souvent pensée même si régulièrement tue.

Twideco : Vous ne voulez pas répondre aux questions une fois l’annonce du handicap passée mais vous sentez-vous néanmoins différente en tant qu’entrepreneur du fait de ce handicap ?
Céline GEMMO : Bien sûre que je me sens différente. Vous savez, quand on traîne un handicap comme celui-ci depuis de longues années, on se sent forcément globalement différent de tout le monde et donc en tant qu’entrepreneur également. Et puis, on a de toute façon un statut différent. Mais, pour le coup, dans mon cas, je suis quasiment la seule, dans mon monde professionnel à le savoir, puisque cela ne se voit pas. Je me sens, d’ailleurs, d’autant plus seule dans mon questionnement au quotidien. Par contre, au niveau de la création, j’ai beaucoup été aidée. Je reste néanmoins convaincue que j’ai connu des facilités du fait que mon mari travaille dans le milieu de l’emploi des personnes handicapées. Il m’a ouvert des portes qui s’ouvrent, certes, à toutes les personnes dans mon cas mais qu’il faut connaître et savoir trouver. Moi, j’avais la chance de savoir que ça existait et où il fallait aller.

Twideco : Pensez-vous qu’à l’heure actuelle, en France, les personnes atteintes d’un handicap continuent de penser que la création d’entreprise n’est pas faite pour elles ? Diriez-vous que la question ne se pose même pas et que, finalement, le choix se résume à rester salarié ou comme vous le disiez à bénéficier de son statut d’handicapé ?
Céline GEMMO : Peut-être, oui. En tout cas, nous ne sommes pas assez informés. Il faut aller soi-même à la pêche aux informations et quand le processus est lancé, c’est difficile. La maladie se déclare, on est mis en invalidité sans trop savoir ce que cela signifie, ni à quoi on a droit, ni ce que l’on devient pour la société. Bref, où est notre place ? Telle est notre questionnement. C’est vrai que sans mon mari, je n’aurais peut-être jamais seulement pensé à la création d’entreprise. La communication autour de ces soutiens est encore très pauvre en France. C’est tout le travail de mon mari. Beaucoup de personnes handicapées en France n’ont même pas conscience qu’ils ont des droits et qu’ils sont au moins aussi capables que les valides. Néanmoins, ce n’est pas simple. Il faut savoir que, quand on est travailleur handicapé, les assurances ne jouent pas le jeu. Soit elles sont hors de prix, soit elles ne nous assurent pas du tout. Mon mari a dû se porter caution et de telles attitudes nous marginalisent encore un peu plus dans la création d’entreprise.

Twideco : Il y a eu votre projet de création, vous avez avoué votre handicap, et maintenant, c’est fait, vous êtes entrepreneur et possédez votre propre fond de commerce. Au jour le jour, comment cela se passe-t-il ?
Céline GEMMO : Je suis autonome. L’AGEFIPH est néanmoins toujours là au cas où. Je peux les contacter et ils me suivront si j’en ai le besoin ou en fait la demande. Concernant mes clients, ils ne savent pas. Ce n’est pas affiché sur ma boutique donc le regard n’est pas différent. Ils n’en n’ont pas conscience. Parfois, lorsqu’ils se confient sur des maladies ou des pathologies qu’ils rencontrent, je leur livre que, moi aussi, j’ai eu des soucis de santé et que tel ou tel produit a pu m’aider mais cela ne va pas plus loin.

Twideco : Comment voyez-vous l’avenir concernant l’entreprenariat des minorités et la perception globale de la population envers les personnes handicapées ?
Céline GEMMO : De part la profession de mon mari, je sais qu’il existe des volontés fortes de la part des entreprises et de l’État pour l’entrepreneuriat des minorités et particulièrement des personnes handicapées. Cela dit, entre les volontés et le réel, il existe encore un grand fossé : le regard des gens. Dans la société actuelle, et notamment dans les boutiques, commerces ou restaurants, les personnes possédant un handicap visible restent encore en marge. Dévisagées, elles sont encore cachées alors que, pour certains handicaps, elles seraient tout à même d’effectuer des travaux encore réservés aux valides. Selon moi, c’est donc du côté du regard de la population qu’il faut encore creuser.


Twideco : Et vous, personnellement, comment voyez-vous l’avenir ? Cette création d’entreprise représente-t-elle une victoire personnelle contre votre handicap déjà acquise ou encore en cours ?

Céline GEMMO : Cette création d’entreprise est arrivée dans ma vie comme un vrai défi. Vous savez, cela me fait certes vivre, mais je n’avais pas besoin de cela pour gagner ma vie. C’est un peu comme une bataille, mais une bataille que je ne serais jamais sûre de gagner. Cela n’a aucun rapport avec l’activité de mon entreprise, ni de mon CA ou de mon bilan, ni même de l’aide que j’ai pu recevoir. Cela relève de moi. Il faut savoir que, dans la vie, quelques fois, l’envie ne suffit pas car on ne peut malheureusement pas tout maîtriser. Quoi il en soit, c’est déjà une réussite. J’ai beaucoup appris, j’ai beaucoup gagné et me suis prouvé énormément de choses. Mais le plus beau des retours m’est donné par mes clients, sans même qu’ils le sachent, quand ils me remercient des conseils trouvés chez moi. Donc cette victoire, déjà acquise mais également toujours en cours, sera perpétuelle. Qui dit rechute, dit forcément que, par le passé, il y a eu un haut, un bas, mais surtout, et c’est d’ailleurs le plus important, à nouveau un haut.

Rédigé par Lucie BRASSEUR le Lundi 22 Mars 2010 à 09:52